Les petits rorquals du Saguenay ont-ils des stratégies d’alimentation uniques?

Certaines baleines ont une préférence marquée pour certains sites d’alimentation et quelques observations anecdotiques suggèrent que ces individus développent des stratégies d’alimentation adaptées à leur secteur préféré. Les petits rorquals qui fréquentent le fjord du Saguenay, un environnement restreint aux caractéristiques physiques particulières, sont des sujets idéaux pour vérifier une telle hypothèse.

Petit rorqual

  • Petit rorqual en alimentation
  • Crédit photo : © GREMM

Pour percer le miroir

Les chercheurs ont comparé les données sur les stratégies d’alimentation prises entre 1997 et 1999 sur des petits rorquals du chenal Laurentien avec celles prises entre 2001 et 2003 sur des petits rorquals du fjord du Saguenay. Ces données comprenaient une description détaillée de tous les comportements visibles à la surface. Entre 2001 et 2003, ils ont aussi observé de façon intensive cinq petits rorquals photo-identifiés qui fréquentent régulièrement le fjord du Saguenay pour s’y alimenter.

En bref

Les stratégies d’alimentation des petits rorquals qui fréquentent le Saguenay sont différentes de celles des petits rorquals qui fréquentent le chenal Laurentien. Les propriétés physiques de ces deux secteurs pourraient être à l’origine de ces différences. Dans le Saguenay, les petits rorquals passent beaucoup plus de temps à rassembler leur proie près de la surface. Pour ce faire, ils y exécutent régulièrement des « chin-up blow », des fontaines et des sauts de grenouille (voir « Pour en savoir plus »). Dans le chenal Laurentien, la remontée des eaux profondes, créée par la marée, les courants et la topographie, ferait un partie du travail de rassemblement des proies pour les petits rorquals, forçant les proies près de la surface. Les petits rorquals y effectueraient donc moins de manœuvres de rassemblement des proies. Il existe aussi des différences dans les manœuvres d’alimentation : les petits rorquals du Saguenay utilisent plus souvent des manœuvres latérales et ventrales, alors que ceux du Saint-Laurent utilisent davantage des manœuvres obliques.

Les observations réalisées entre 2000 et 2003 dans le Saguenay laissent croire qu’il pourrait y avoir une forme de transmission et d’apprentissage des stratégies d’alimentation chez les petits rorquals dans ce secteur. En effet, le « saut de grenouille » est une manœuvre qui a été observée pour la première fois en 2000 chez un individu du Saguenay, nommé Loca. Cette manœuvre consiste à pousser la tête et une partie du thorax hors de l’eau et à se laisser retomber violemment sur la surface de l’eau. Depuis 2000, de plus en plus de petits rorquals qui fréquentent le Saguenay utilisent cette manœuvre, passant d’un individu en 2000 à six en 2003.

Un projet de

Ned Lynas, Ursula Tscherter, Jordy Thomson et Katie Kuker, de la Société d’éducation et de recherche océanique ORES


En savoir plus

Les stratégies d’alimentation des petits rorquals du fjord du Saguenay et de l’estuaire du Saint-Laurent

Selon ORES, la Société d´éducation et de recherche océanique

Les petits rorquals du fjord du Saguenay semblent avoir développés des stratégies d’alimentation bien adaptées à leur milieu. Les manœuvres de rassemblement des proies ici décrites n’étaient à l’origine observées que chez les petits rorquals du Saguenay. Depuis quelques années, elles sont aussi utilisées par quelques petits rorquals qui fréquentent des secteurs à l’extérieur du fjord.

Manœuvres de rassemblement des proies

Lors d’un cycle d’alimentation, le petit rorqual fait surface dans plusieurs directions et effectue, en plus des respirations régulières, différentes manœuvres de rassemblement des proies ayant pour objectif de concentrer les proies avant des les engouffrer dans une manœuvre d’alimentation.

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  • « Lateral chin-up blow »
  • Crédit photo : © ORES

« Lateral chin-up blow »

Le petit rorqual fait surface tranquillement sur son flanc, habituellement sur son côté droit, poussant sa tête en l’air, se retourne pour prendre une inspiration et plonge en se retournant sur son flanc droit. La gorge blanche, dont les sillons ne sont pas distendus, est très visible lors de cette manœuvre.

 

 

 

Saut de grenouille

  • Saut de grenouille
  • Crédit photo : © ORES

Saut de grenouille (« head slap »)

La baleine effectue un saut lent bien au-dessus de la surface de l’eau à un angle de 30 à 45°, de la même façon qu’un saut d’alimentation (voir plus bas). Contrairement à un saut d’alimentation, les sillons ventraux ne sont pas distendus, et il n’y a pas d’eau qui est expulsée de la bouche lors d’un saut de grenouille. Au plus haut point du saut, le petit rorqual pousse sa tête vers l’arrière et son thorax vers le bas, un peu comme une grenouille qui saute. En retombant, il frappe la surface de l’eau bruyamment, ce qui effraie probablement les proies.

 

La fontaine (« underwater exhale on the dive »)

Après une série de respirations régulières en surface, le petit rorqual effectue une forte expiration juste sous la surface de l’eau, créant de cette manière une fontaine d’eau à la surface. Cette manœuvre est souvent accompagnée d’un son vrombissant, facilement audible sous la surface, possiblement pour effrayer les poissons.

Manœuvres d’alimentation

Les manœuvres d’alimentation sont généralement effectuées à la suite d’une manœuvre de rassemblement des proies : c’est l’engouffrement des proies. Elles sont effectuées sur différents plans : dorso-ventral (plan normal, sur le ventre), latéral et ventro-dorsal (sur le dos). Les manœuvres d’alimentation sont effectuées beaucoup plus rapidement que les manœuvres de rassemblement des proies. Aussi, les sillons ventraux sont distendus et de l’eau est expulsée de la bouche. Quelques fois, des poissons peuvent être aperçus très près de la surface au cours de la manœuvre et même bondissant à la surface.

Arcs (« arcs »)

Les arcs sont des manœuvres d’alimentation en forme de demi-cercle que le petit rorqual exécute juste sous la surface. Après la manœuvre, l’animal se retourne sur le plan dorso-ventral pour respirer. Il peut effectuer un arc sur son flanc (arc latéral) ou sur le dos (arc ventral). Dans le cas d’un arc latéral, on voit émerger tout au plus le ventre ou le bout d’une nageoire pectorale ou caudale de l’animal.

Saut (« lunge »)

En capturant ses proies, le petit rorqual émerge en partie de l’eau de façon énergique. Il peut émerger dorso-ventralement (saut oblique), sur son flanc (saut latéral) ou ventralement (saut ventral) à un angle de 30 à 45o ou carrément à la vertical (saut vertical). Si l’animal arrive à sortir l’évent hors de l’eau, il peut prendre une inspiration.

 

Dernière mise à jour: 2008