Qu’est-ce qui influence l’accumulation de nourriture de baleines dans l’estuaire?

La tête du chenal Laurentien, situé entre Tadoussac et Les Bergeronnes, est un important piège à plancton de l’Atlantique Nord. D’ailleurs, plusieurs baleines viennent s’y régaler au cours de l’été. Quels facteurs influencent ces accumulations de nourriture de baleines?

Pour percer le miroir

L’acoustique active permet de repérer les bancs de capelan et de krill. En comparant les échos à plusieurs fréquences, les chercheurs peuvent les classifier par type d’organisme. Des échantillons sont aussi récoltés à l’aide de filets à plancton et de chaluts pour valider ce qui est détecté par l’acoustique.

En bref

Le krill se trouve habituellement au-dessus des bassins profonds, à des profondeurs entre 50 et 150 mètres, ce qui correspond à la couche intermédiaire froide (CIF) de l’estuaire. Les échantillons recueillis dans les filets montrent que l’espèce la plus abondante à la tête du chenal Laurentien est Thysanoessa raschi, une espèce de krill d’eau froide, et qu’il n’y a que des individus matures (âgés de 2 ans) dans ce secteur. Des nuages de krill peuvent occasionnellement être observés près de la surface, particulièrement pendant la nuit. Différents facteurs océanographiques et comportementaux peuvent expliquer ce phénomène, comme la migration verticale nocturne du krill, la remontée des eaux froides à la tête du chenal Laurentien, les courants, ainsi que la fuite de prédateurs. Les zones de fortes concentrations de krill correspondent aux zones de concentrations des rorquals bleus identifiées par Richard Sears. Des quantités de krill allant jusqu’à 100 000 tonnes à la tête du chenal Laurentien ont été détectées. Quant au capelan, il semble éviter la CIF; il se retrouve soit au-dessus ou en-dessous de celle-ci. Les plus grands bancs de capelan sont observés au-dessus des hauts-fonds au pourtour du chenal.

Un projet de

Yvan Simard de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML) et Directeur de la Chaire de Pêches et Océans Canada en acoustique marine appliquée aux ressources et à l’écosystème à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER) et à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), Cédric Côté, ISMER, Diane Lavoie, IML, François Saucier, IML et Directeur de la Chaire de Pêches et Océans Canada en modélisation régionale du climat océanique à l’ISMER-UQAR, Nathalie Roy, IML, Marc Sourisseau, chercheur post-doctoral IML et ISMER.


Références bibliographiques

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Dernière mise à jour: 2005