Que font les bateaux d’excursion?

Pour gérer l’industrie d’observation en mer dans la région de Tadoussac–Les Escoumins, il est essentiel de mieux comprendre le comportement des bateaux d’excursion.

Bateaux

  • Observation de baleines
  • Crédit photo : © GREMM

Pour percer le miroir

Depuis 1985, des chercheuses et des chercheurs embarquent à bord des bateaux d’excursion et notent systématiquement la position et l’activité principale du bateau à bord duquel ils sont, ainsi que le nombre de bateaux et de baleines qui l’entourent. Ces suivis annuels permettent de documenter l’évolution de la situation et de mesurer les effets des mesures de gestion comme le Règlement sur les activités en mer dans le Le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent.

En bref

Les bateaux se concentrent dans trois zones où la majorité de leurs observations sont dirigées vers les rorquals communs. Leurs comportements sont influencés par la distribution des rorquals communs et la présence d’autres espèces, telle que le rorqual bleu. Les horaires, la taille et la composition de la flotte sont aussi des facteurs importants. Depuis l’été 1998, le contenu des excursions semblent se diversifier, selon les recommandations du Parc marin du Saguenay–Saint-Laurent et de l’industrie d’observation.

Un projet de :

Robert Michaud, GREMM, pour Parcs Canada.

Partenaires :

Les compagnies d’excursions aux baleines membres de Alliance Éco-Baleine et le Parc marin du Saguenay—Saint-Laurent.


En savoir plus

Les activités d’observation en mer au fil des ans

tiré du document Résumés des projets de recherche scientifique produit par le parc marin du Saguenay—Saint-Laurent et WWF-Canada, 1998

Depuis les premières excursions des années 1970, l’observation en mer des baleines dans l’estuaire du Saint-Laurent a connu une croissance phénoménale. Face aux inquiétudes que suscite cette expansion rapide, qui affecte autant la qualité de l’expérience offerte aux visiteurs que la viabilité de l’industrie, le GREMM a initié, pour le compte de Parcs Canada, une étude détaillée des activités d’observation en mer sur le territoire du Le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Dans un premier temps, des observations systématiques ont été effectuées à bord des bateaux d’excursions entre 1994 et 1996. Le protocole d’échantillonnage a été adapté de celui d’un programme similaire mis sur pied par le GREMM en 1985. Pendant ces 12 années, 779 excursions ont été échantillonnées, plus de la moitié l’ayant été entre 1994 et 1996. Dans la mesure où les données étaient comparables, nous avons pu examiner certains aspects de l’évolution des activités d’observation. En 1997, 75 autres excursions ont été ajoutées à l’échantillon. Répété pendant plusieurs saisons, un tel suivi annuel pourrait permettre d’évaluer l’efficacité d’éventuelles mesures de gestion appliquées à l’industrie.

Les bateaux vont…

Entre 1985 et 1996, trois zones d’utilisation intensive ont été identifiées. Il s’agit de celle de l’île Rouge, celle de la pointe à la Carriole et celle de la falaise Sud du chenal Laurentien. C’est dans la zone de l’île Rouge que les concentrations de bateaux les plus élevées ont été recensées. À la mi-saison, le nombre moyen de bateaux fréquentant ce secteur n’a cessé de croître entre 1992 et 1996. L’augmentation du nombre de bateaux de la flotte régionale explique en grande partie l’accroissement du nombre de bateaux sur les sites d’observation. À noter la faible concentration de bateaux observée en 1994 qui a coïncidé avec la présence d’un grand nombre de rorquals bleus dans l’estuaire.

Entre 1994 et 1996, deux pôles d’activités ressortent. Le premier, situé entre l’île Rouge et le Cap-de-Bon-Désir, fait aussi partie du territoire utilisé par les excursions effectuées à partir de Rivière-du-Loup et Trois-Pistoles. Entre 75 et 90 p. 100 des observations effectuées dans ce secteur étaient dirigées vers le rorqual commun. Le deuxième pôle, situé en aval du Cap-de-Bon-Désir, est presque exclusivement utilisé par les bateaux de l’anse aux Basques. Selon les saisons, jusqu’à 70 p. 100 des observations étaient dirigées vers le rorqual bleu. Les deux régions se distinguaient aussi par la composition de leur flotte respective. Les grandes embarcations, qui comptaient en moyenne 24 et 32 p. 100 des bateaux dans le secteur amont, étaient pratiquement absentes du secteur aval.

En 1997, l’utilisation du secteur amont par les grandes embarcations de Tadoussac et de Baie-Sainte-Catherine a suivi, dans ses grandes lignes, le patron général observé depuis 1985. La très grande majorité des observations ont été dirigées vers le rorqual commun et le centre des activités s’est maintenu dans les trois zones d’utilisation intensive. La composition de la flotte de bateaux a également suivi le patron général observé aux cours des années précédentes.

Par contre, le nombre moyen de bateaux recensés aux sites d’observation au début et au milieu de la saison 1997 (7, 2 et 11, 7) est retourné au niveau de 1994 (7,0 et 10,4) après avoir atteint des records en 1996 (9,3 et 20,2). Toutefois, à la fin de la saison, le nombre moyen de bateaux n’avait encore jamais été aussi élevé pour cette période de la saison (10,5). Le nombre total de bateaux a aussi atteint un sommet le 31 août 1997 : 47 bateaux, dont 29 plaisanciers, ont été dénombrés dans la zone de l’île Rouge. Lors de cette excursion, le nombre de baleines recensées a également atteint un record de 30 rorquals communs et 10 petits rorquals.

… où sont les baleines

Dans l’ensemble, l’analyse des données supporte l’idée selon laquelle la distribution et l’abondance des grands rorquals ont une influence déterminante sur la répartition des activités d’observation et la concentration des bateaux dans l’aire d’étude. Afin d’expliquer les faibles concentrations de bateaux recensés sur les sites d’observation en 1994, nous avons émis l’hypothèse que la présence d’un grand nombre de rorquals bleus dans le secteur aval, associé à la présence de krill, avait eu pour effet de répartir les bateaux d’excursion sur l’ensemble du territoire, diminuant ainsi le nombre moyen de bateaux sur les sites d’observation en amont. D’ailleurs, les données de Jeffrey Runge, de l’Institut Maurice-Lamontagne, sur l’abondance du zooplancton dans l’estuaire, confirme que 1994 était une année où le krill était abondant.

Une deuxième hypothèse pour expliquer la concentration des activités d’observation est que les rorquals communs, lorsque le krill est rare, consomment principalement les capelans qui forment des grands bancs à la tête du chenal Laurentien. Ceci aurait pour effet de concentrer les rorquals communs à cet endroit. De fait, les bancs de capelans dans la région fréquentée par les rorquals communs étaient particulièrement étendus en 1995, et les concentrations de krill mesurées dans l’estuaire étaient faibles en 1995 et 1996. À l’inverse, l’hypothèse prédit que lorsque le krill est abondant, les rorquals communs diversifient leur diète et se dispersent sur un plus grand territoire, ce qui dilue les concentrations de bateaux sur les sites d’observation. Cela pourrait expliquer la diminution du nombre moyen de bateaux sur les sites d’observation au début et au milieu de la saison 1997.

En effet, la faible concentration de bateaux dans le secteur amont jusqu’à la mi-saison ne saurait être attribuable à la présence de rorquals bleus en aval. Selon plusieurs sources indépendantes, les rorquals bleus ont commencé à être aperçus en aval des Escoumins seulement à la fin de la mi-saison. Par conséquent, nous pensons que les rorquals communs étaient plus dispersés dans le secteur amont parce que le krill était abondant, comme le suggère la deuxième hypothèse. De fait, les données de Jeffrey Runge indiquent une remontée du krill en 1997.

 

Références bibliographiques

Michaud, R., M. Moisan et V. de la Chenelière. 2001. Les activités d’observation en mer des cétacés dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent: Suivi annuel 2000. Rapport final. GREMM, Tadoussac, Québec. vi + 9 pp + 4 cartes.

Michaud, R., V. de la Chenelière et M. Moisan. 2000. Les activités d’observation en mer des cétacés dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent: Suivi annuel 1999. Rapport final. GREMM, Tadoussac, Québec. vi + 9 pp + 4 cartes.

Michaud, R., V. de la Chenelière, M. Moisan et M.-C. Gilbert. 1999. Les activités d’observation en mer des cétacés dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent : suivi annuel 1998. Rapport final. GREMM, Tadoussac, Qc. Contrat #C5125-8-1453, Parcs Canada, Québec. vi + 9 pp + 4 cartes.

Michaud, R., C. Bédard, M. Mingelbier, et M.-C. Gilbert. 1997. Les activités d’observation en mer des cétacés dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent 1985-1996: Une étude de la répartition spatiale des activités et des facteurs favorisant la concentration des bateaux sur les sites d’observation. Rapport final. GREMM, Tadoussac, Qc. Contrat #C5085-7-0408, Parcs Canada, Québec. 58 pp.

 

Dernière mise à jour: 2012