Les rorquals du golfe du Saint-Laurent sont-ils contaminés?

Le Saint-Laurent draine une zone fortement industrialisée, ce qui explique qu’on y retrouve de nombreux produits toxiques. Il a été démontré que les bélugas qui vivent toute l’année dans le Saint-Laurent accumulent d’importantes quantités de contaminants dans leurs tissus. Qu’en est-il des rorquals qui y passent quelques mois au cours de l’été pour s’y alimenter?

Pour percer le miroir

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  • Prise d’une biopsie sur un rorqual bleu
  • Crédit photo: © Jean Lemire

Grâce à la biopsie, des échantillons de gras ont été prélevés sur les quatre espèces de rorquals du Saint-Laurent et ont été analysés pour détecter la présence de contaminants et déterminer leur concentration. Dans une première étude, des biopsies prélevées en 1991 et en 1992 sur 21 petits rorquals, 15 rorquals communs, 6 rorquals bleus et 8 rorquals à bosse ont été analysées. Une deuxième étude réalisée entre 1992 et 1999 se penchait davantage sur les rorquals bleus et les rorquals à bosse : 38 biopsies de mâles et 27 de femelles rorquals bleus ainsi que 12 biopsies de femelles et 13 de baleineaux rorquals à bosse ont alors été analysées.

En bref

Les échantillons ont permis de déceler une importante variété de contaminants chez les quatre espèces de rorquals du Saint-Laurent, dont certains organochlorés fortement toxiques comme les BPC, les DDT, les HCH et le Mirex. Les concentrations de certains contaminants variaient selon l’espèce. Par exemple, le petit rorqual présentait des concentrations de DDT moins élevées, mais des concentrations de Mirex plus élevées que les autres espèces. Quant au rorqual bleu, il présentait les plus fortes proportions de DDT. Ces variations pourraient refléter les différences dans la diète de ces quatre espèces (le petit rorqual et le rorqual à bosse se nourrissent davantage de petits poissons, alors que le rorqual commun et le rorqual bleu se nourrissent davantage de krill) ou des différences dans leur métabolisme.

En moyenne, les concentrations de ces contaminants étaient plus élevées chez les mâles que chez les femelles, ce qui pourrait s’expliquer par le transfert de contaminants de la femelle à son jeune lors de la gestation et de l’allaitement. Des concentrations semblables ont été mesurées chez les femelles rorquals à bosse et les jeunes ; ceci indique que les jeunes accumulent rapidement des contaminants au cours de la gestation et de la lactation.

Un projet de

J. M. Gauthier du Environmental and Resources Studies de Trent University, Chris Metcalfe, Brenda Koenig et Tracy Metcalfe du Water Quality Centre de Trent University, Gordon Paterson du Great Lakes Institute for Environmental Research de University of Windsor et Richard Sears, la Station de recherche des îles Mingan

Partenaires

Pêches et Océans Canada, WhaleNet Program of Wheelock College, Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada et le Fonds pour la Formation de Chercheuses et Chercheurs et l’Aide à la Recherche (FCAR), le ministère de l’Environnement du Québec.


Références bibliographiques

Gauthier, J. M., Metcalfe, C. D. et Sears, R. 1997. Chlorinated organic contaminants in blubber biopsies from northwestern Atlantic balaenopterid whales summering in the Gulf of St. Lawrence. Marine Environmental Research. 44, 201-223.

Metcalfe, C. D., Koenig, B., Metcalfe, T. Patterson, G. et Sears, R. 2004. Intra- and inter-species differences in persistent organic contaminants in the blubber of blue whales and humpback whales from the Gulf of St. Lawrence, Canada. Marine Environmental Research. 57, 245-260.

 

Dernière mise à jour: 2005