Les bateaux dérangent-ils les baleines?

Dans l’estuaire du Saint-Laurent, une cinquantaine de bateaux d’excursion amènent annuellement plus de 300 000 touristes à la rencontre des baleines. Les rorquals communs, les rorquals bleus, les rorquals à bosse et les petits rorquals sont la principale cible de cette industrie. Ces bateaux dérangent-ils les baleines ?

Rorqual bleu

  • Suivi télémétrique d’un rorqual bleu
  • Crédit photo : © GREMM

Pour percer le miroir

Entre 1994 et 1996, les scientifiques ont suivi 25 rorquals communs à l’aide d’émetteurs radios. Ils ont étudié les déplacements des animaux dans les trois dimensions et comparé leur comportement selon le nombre de bateaux présents. En 2002, ils ont entamé le même projet avec une espèce nouvellement classée parmi les espèces en voie de disparition : le rorqual bleu. Jusqu’à maintenant, six rorquals bleus ont été suivis à l’aide d’émetteurs radios.

En bref

Les rorquals communs changent leur comportement de plongée en présence d’un grand nombre de bateaux, ce qui pourrait diminuer l’efficacité de leur alimentation. Ces résultats démontrent qu’il faut réduire les concentrations de bateaux sur les sites d’observation. Cette recommandation a servi à élaborer le Règlement sur les activités en mer, en vigueur dans le parc marin du Saguenay—Saint-Laurent depuis 2002. L’analyse des suivis de rorquals bleus est en cours, et d’autres suivis s’ajouteront au cours des prochaines saisons de terrain.

Un projet de

Robert Michaud et Janie Giard, GREMM et Véronique Lesage, Institut Maurice-Lamontagne (Pêches et Océans Canada)

Partenaires

Parc marin du Saguenay—Saint-Laurent, Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans du Canada, ministères de l’Environnement et de la Faune du Québec et Croisières AML.


En savoir plus

Les bateaux dérangent-ils les baleines…

Tiré du document Résumés des projets de recherche scientifique produit par le parc marin du Saguenay—Saint-Laurent et WWF-Canada, 1998

Se demander si les bateaux de croisière dérangent les baleines n’est ni nouveau ni unique à la situation qui prévaut dans l’estuaire du Saint-Laurent. En compilant le bilan des activités des rorquals communs suivis à l’aide d’émetteurs radios, nous avons pu jeter un nouvel éclairage sur la question.

Étant donné que la réaction d’un animal à une stimulation varie en fonction de ce qu’il est en train de faire, les observation utilisées pour analyser l’effet de la présence des bateaux doivent provenir d’une période de la journée et d’un secteur où les animaux ne varient pas trop leurs activités. Les données recueillies à la tête du chenal Laurentien, pendant le jour, à la marée haute (entre 2 heures avant et trois heures après la marée haute) répondent à ce critère. Ces suivis totalisent 36 heures pendant lesquelles la majorité des animaux était engagée dans des activités de plongées profondes. Les comportements examinés ont été la taille de groupe, la distance parcourue à la surface entre deux plongées et le comportement de plongée, plus précisément le temps de plongée, la durée des séquences de surface et la durée de l’excursion de fond. L’exposition était mesurée par le nombre de bateaux autour des rorquals, soit 0, 1, 2 à 5, 6 à 9 et plus de 10 bateaux.

Moins de temps pour manger?

La présence de bateaux pourrait réduire grandement l’efficacité de l’alimentation des rorquals communs. De tous les comportements analysés, le comportement de plongée est celui le plus susceptible d’entraîner des coûts importants. En effet, en présence d’un grand nombre de bateaux, les rorquals communs plongeaient moins longtemps et consacraient ainsi moins de temps à l’excursion de fond au cours de laquelle ils rassemblent probablement leurs proies avant de les engouffrer. Cette modification du comportement de plongée pourrait donc réduire le temps consacré à la capture de proies.

Trop de bateaux?

Dans l’estuaire du Saint-Laurent, l’exposition des rorquals communs aux activités d’observation en mer est particulièrement intense et soutenue. Qui plus est, plusieurs des rorquals communs qui séjournent dans l’estuaire y passent plusieurs semaines, sinon des mois, et y reviennent chaque été. Par conséquent, même si la diminution de l’efficacité de la capture, telle que suggérée par l’analyse présentée, est faible, les effets cumulatifs pourraient avoir des répercussions importantes sur la capacité de ces animaux à emmagasiner les réserves énergétiques qu’ils sont venus chercher dans nos eaux.

L’analyse des données n’a pas permis d’identifier un seuil critique au-delà duquel les rorquals communs commençaient à modifier leur comportement de plongée. L’intensité des réactions mesurées s’est par contre révélée proportionnelle à l’intensité de l’exposition. Cette recherche, effectuée en collaboration avec le parc marin du Saguenay÷Saint-Laurent et l’Institut Maurice-Lamontagne, a permis une des premières évaluations du dérangement qui va au-delà de la simple observation des réactions immédiates de l’animal en surface. Les résultats de cette étude indiquent clairement l’importance de réduire et contrôler le nombre de bateaux sur les sites d’observation et confirment l’urgence d’adopter un nouveau plan de gestion de l’industrie d’observation des baleines dans l’estuaire du Saint-Laurent.


Références bibliographiques

Michaud, R. et J. Giard. 1997. Les rorquals communs et les activités d’observation en mer dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent entre 1994 et 1996 : 1. Étude de l’utilisation du territoire et évaluation de l’exposition aux activités d’observation à l’aide de la télémétrie VHF. Rapport final. GREMM, Tadoussac, Québec. 45 pp + cartes.

Michaud, R. et J. Giard. 1999. Les rorquals communs et les activités d’observation en mer dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent entre 1994 et 1996 : 2. Évaluation de l’impact des activités d’observation en mer sur le comportement des rorquals communs. Rapport final. GREMM, Tadoussac, Québec. 24 pp.

 

Dernière mise à jour: 2008