Les bélugas sont-ils victimes des HAP?

Les HAP produits par les alumineries du Saguenay sont les premiers suspects dans la formation de cancers intestinaux chez les bélugas. Toutefois, la preuve scientifique d’une telle relation est loin d’être faite. La présence des HAP dans les sédiments et les organismes du Saguenay et du Saint-Laurent est alarmante et mérite une attention particulière. Le transfert trophique des HAP cancérogènes est un processus pratiquement inconnu dans les écosystèmes naturels et encore moins dans le vaste Saint-Laurent.

Pour percer le miroir

En 2000, on a analysé les HAP (26 molécules différentes) dans 5 carottes de sédiment prélevées à différents endroits du fjord du Saguenay. En 2001 et 2002, on a échantillonné des organismes benthiques et pélagiques sur toute la longueur du fjord du Saguenay ainsi qu’à deux stations dans l’estuaire du Saint-Laurent non loin de l’embouchure du fjord. Ces missions ont permis de recueillir des organismes à tous les niveaux trophiques comme des annelés, des gastéropodes, des échinodermes, des bivalves, des crustacés (crabe, crevette, krill) et quelques espèces de poissons. Les analyses de tous ces animaux ont débuté en mai 2003 pour se poursuivre sur plus d’une année. On tente d’y déterminer non seulement la concentration des HAP eux-mêmes mais aussi celle de leurs métabolites qui sont fabriqués par plusieurs espèces comme moyen de défense contre la contamination. Une autre mission d’échantillonnage a été réalisée sur toute la longueur du Saint-Laurent entre l’île d’Orléans et l’île d’Anticosti au printemps 2003 pour cette fois évaluer la contribution du fleuve Saint-Laurent à l’apport des HAP dans l’environnement des bélugas et des autres mammifères qui vivent dans l’estuaire.

En bref

Toutes ces données permettront d’établir si oui ou non les HAP sont présents dans la nourriture des bélugas et, si oui, de suivre leur cheminement dans le réseau trophique du Saint-Laurent et d’établir le risque à la santé environnementale du Saint-Laurent.

Un projet de

Émilien Pelletier Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER), Université du Québec à Rimouski

Partenaires

Parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, Conseil de la recherche en sciences naturelles et génies du Canada (CRSNG), Fonds québécois de recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) et Alcan Ltée.


Références bibliographiques

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Martel, L. M., J. Gagnon, R. Massé, A. Leclerc et L. Tremblay. 1986. Polyclyclic aromatic hydrocarbons in sediments from the Saguenay fjord, Canada. Bull. Environ. Contam. Toxicol. 37:133-140.

Dalcourt, M.F., P. Béland, E. Pelletier et Y. Vigneault. 1992. Caractérisation des communautés benthiques et étude des contaminants dans des aires fréquentées par le béluga du Saint-Laurent. Department of Fisheries and Oceans Canada. Rapp. Tech. Can. Sci. Halieut. Aquat. 1845:1-86.

Ferguson, P.L. et G.T. Chandler. 1998. A laboratory and field comparison of sediment polycyclic aromatic hydrocarbon bioaccumulation by the cosmopolitan estuarine polychaete Streblospio benedicti (Webster). Mar. Environ. Res. 45:387-401.

 

Dernière mise à jour: 2005