Les bélugas ont-ils des amis?

Les bélugas vivent en groupe. Ces groupes comptent parfois des centaines d’individus, et parfois seulement quelques-uns. Il est indispensable de comprendre la nature et la fonction de ces groupes pour orienter les stratégies de conservation.

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  • Bélugas
  • Crédit photo : © GREMM

Pour percer le miroir

Depuis 1986, plus de 200 bélugas ont été photo-identifiés . Les fiches individuelles élaborées à partir de ces observations permettent d’étudier les habitudes, le succès reproducteur et l’organisation sociale des bélugas. L’analyse génétique des biopsies de bélugas connus permet d’identifier leur sexe et d’étudier leurs liens de parenté.

En bref

Il existe une forme de ségrégation chez les bélugas. Les femelles et les jeunes utilisent surtout la partie amont de l’aire de répartition estivale de la population. Elles y forment trois communautés, chacune occupant un territoire propre. Les associations entre les femelles d’une même communauté sont variables. Les mâles adultes, quant à eux, fréquentent davantage les secteurs centre et aval de l’aire de répartition estivale. Il y a deux réseaux de mâles à l’intérieur desquels se constituent des clans. Ces clans sont de petits groupes de mâles qui développent des associations stables.

Un projet de

Robert Michaud, INESL et GREMM en collaboration avec Bradley White, Université McMaster.

Partenaires

Parcs Canada, ministère de l’Environnement et de la Faune du Québec, ministère des Pêches et des Océans du Canada, Fonds mondial pour la nature Canada, Service canadien de la faune, Fondation de la faune du Québec, NOAA, Park Foundation et Croisières AML.


En savoir plus

Depuis 1986, nous passons, chaque été, des centaines d’heures en mer auprès des bélugas. À l’aide des marques et des cicatrices distinctives visibles sur leur dos, nous avons appris à reconnaître plus de 400 individus. À partir des fiches d’observation de ces animaux, nous reconstituons peu à peu la petite histoire des bélugas du Saint-Laurent. Nous suivons leurs déplacements, épions leurs moeurs et écoutons leur voix pour mieux comprendre leur mode de vie et leurs besoins.

Le travail en mer constitue une petite partie de notre tâche. De retour à la station de recherche, nous effectuons un véritable travail de moine. Chaque été, nous rapportons des milliers de photos issues de nos rencontres avec les bélugas. Elles représentent de 800 à 1000 « captures » ou séries de photographies d’un même individu provenant d’une rencontre. Les captures de chaque saison sont comparées entre elles et ensuite avec l’album de famille. Nous tentons ainsi d’identifier chaque béluga photographié. Certains d’entre eux sont revus plusieurs fois chaque été, tandis que d’autres sont plus discrets.

En 1994, nous avons ajouté un nouveau volet à cette étude. À l’aide d’un petit dard en acier inoxydable stérilisé, projeté par une arbalète, nous recueillons quelques milligrammes de peau et de gras (biopsie) sur le dos des bélugas, sans capturer ou immobiliser ces derniers. À partir de l’ADN extrait de la peau, nous identifions le sexe des individus échantillonnés et étudions les liens de parenté entre eux.

Ségrégation chez les bélugas

Depuis 1985, nos recensements et nos patrouilles régulières de l’aire de répartition des bélugas ont clairement démontré que les bélugas forment différents groupes sociaux selon les secteurs qu’ils fréquentent. Ainsi, l’estuaire moyen du Saint-Laurent, une zone de mélange d’eau douce et d’eau salée en amont de l’embouchure du Saguenay, est surtout utilisé par des troupeaux d’adultes accompagnés de jeunes bélugas. Nous croyons qu’il s’agit principalement de femelles accompagnées de leur jeune. Dans l’estuaire maritime, c’est-à-dire dans les eaux froides et marines en aval de l’embouchure du Saguenay, nous rencontrons plutôt des groupes composés exclusivement d’adultes, fort probablement des mâles. Le centre de l’aire de distribution des bélugas en été, soit le secteur de l’embouchure du Saguenay, est une zone de rencontres où nous observons tous les types de groupes sociaux, mais où les bélugas forment aussi parfois d’imposants troupeaux comptant jusqu’à 200 individus.

Les premières analyses de la banque de photographies ont confirmé cette forme de ségrégation au sein de la population des bélugas. Le suivi de chacun des individus photo-identifiés nous révèle peu à peu les dessous de la vie sociale des bélugas.


Références bibliographiques

Michaud, R. 1996. Les bélugas du Saint-Laurent : étude de la distribution et de l’organisation sociale 1995-1997. Rapport annuel 1995-1996. INESL, Tadoussac, Québec. 36 pp.

 

Dernière mise à jour: 2005