De quoi meurent les bélugas? (2015)

Chaque année, une quinzaine de bélugas sont retrouvés échoués sur les rivages du Saint-Laurent. De quoi sont-ils morts? L’examen de ces carcasses en dit long sur la santé de la population et suggère des pistes de solution pour son rétablissement.

La démarche

Le réseau de récupération des carcasses de bélugas existe depuis 1982 ; c’est 469 bélugas qui ont été retrouvés depuis, principalement dans l’estuaire entre avril et novembre, atteignant un pic de mai à août. Pour connaître le bilan des mortalités de bélugas en 2013.

Qu’avons-nous appris?

L’analyse des 222 bélugas examinés entre 1983 et 2012 a permis de déterminer que les maladies infectieuses d’origine parasitaire (32%) sont les causes de mortalité les plus fréquentes chez les jeunes bélugas, en particulier la pneumonie vermineuse. Les maladies d’origine bactérienne ainsi que le cancer, particulièrement ceux du système digestif, seraient les principales causes de mortalités chez les bélugas adultes. Toutefois, ces cancers sont à la baisse; aucun béluga né après 1971 n’en n’est mort, ce qui coïncide avec l’instauration de mesures pour bannir ou mieux encadrer plusieurs contaminants. Les autres causes de mortalités sont les collisions avec des bateaux, l’inanition (privation de nourriture), l’empêtrements dans des engins de pêche, ainsi que l’intoxication à la saxitoxine produite par l’algue Alexandrium tamarense.

Le nombre de nouveau-nés retrouvés morts a été exceptionnellement élevé en 2008 (8), 2010 (8) et 2012 (16) comparativement à 0 à 3 dans les années antérieures. En 2008, ces mortalités seraient associées entre autres à un «bloom» de l’algue toxique Alexandrium tamarense dans l’estuaire, une marée rouge. Cette algue produit des neurotoxines paralysantes pouvant entraîner la mort en bloquant les muscles respiratoires. Beaucoup d’autres animaux marins (oiseaux, poissons, phoques et marsouins communs) avaient connu des mortalités inhabituelles lors de cet épisode.

En 2010 et 2012, d’autres facteurs auraient réduit les chances de survie des jeunes. Cette période coïncide avec une période de changements importants en ce qui concerne leurs proies, la diminution du couvert de glace en hiver et l’augmentation de la température de l’eau. Parallèlement, depuis 2010, une hausse des femelles mortes de complications liées à la naissance (15%) a été observée, ce qui suggère une problématique liée à la reproduction. Finalement, la mortalité chez les adultes n’a montré aucune tendance temporelle durant la période d’étude. La probabilité de retrouver une carcasse de béluga adulte était la même quel que soit le sexe de l’animal ou l’année de la période d’étude.

Aussi, l’âge moyen des femelles retrouvées mortes est à la baisse depuis les années 2000; les femelles meurent plus jeunes. L’âge des bélugas morts est déterminé à partir des couches de croissance de leurs dents.


Références bibliographiques

DFO. 2013. Status of beluga whales (Delphinapterus leucas) in the St. Lawrence River estuary. DFO Can. Sci. Advis. Sec. Res. Doc. 2013/076.

Lair, S., Martineau, D., Measures, L.N. 2013. Causes of mortality in St. Lawrence Estuary beluga (Delphinapterus leuca) from 1983 to 2012. DFO Can. Sci. Advis. Sec. Res. Doc. 2013/ 119. iv + 37 p.

Lesage,V., Mosnier,A., Measures,L.N., Lair,S., Martineau,D., and Béland,P. Mortality patterns in St Lawrence beluga whales,inferred from stranding characteristics, 1983-2012. 2013. DFO Can. Sci. Advis. Sec. Res. Doc. 2013/ 118. iv + 23 p.

Plourde, S., Galbraith, P., Lesage, V., Grégoire, F., Bourdage, H., Gosselin, J.-F., McQuinn, I., and Scarratt, M. 2013. Ecosystem perspective on changes and anomalies in the Gulf of St. Lawrence: a context in support to the management of the St. Lawrence beluga whale population. DFO Can. Sci. Advis. Sec. Res. Doc. 2013/ 129. v + 29 p.

Scarratt, M., Michaud, S., Measures, L., Starr, M., 2013. Phytotoxin analyses in St. Lawrence Estuary beluga. DFO Can. Sci. Advis. Sec. Res. Doc. 2013/ 124. v + 16 p.

 

Dernière mise à jour: 2015