Les bosses retiennent l’attention

  • Tic Tac Toe et baleineau © GREMM
    07 / 07 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    « L’un des plus beaux moments de notre existence », écrit un observateur fort enthousiaste de sa rencontre en mer avec des rorquals à bosse en plein cœur du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent le 5 juillet. Il faut dire qu’il a eu la chance d’être au bon endroit au bon moment, car devant lui, Tic Tac Toe est là, accompagnée d’un baleineau. Le jeune se met même à sauter hors de l’eau à plusieurs reprises! Plus tard, c’est au tour de Tic Tac Toe de « s’envoyer en l’air ». Ces breachs serviraient à plusieurs fonctions, notamment pour la communication et le jeu. Cette prouesse exigerait même la puissance maximale d’une baleine afin d’atteindre une bonne vitesse pour réussir à «percer» la surface et à soulever son lourd corps hors de l’eau. Imaginez alors quand l’exploit est réalisé en série!

    Toujours dans le parc marin, le nom de Gaspar est sur toutes les lèvres ! Reconnaissable surtout par la forme de fantôme sur le lobe droit de sa queue, cette femelle arbore aussi une nageoire dorsale bien recourbée et pointue. Certains témoins la surprennent alors qu’elle s’alimente, découvrant aussi qu’elle utilise la technique du filet à bulles pour capturer ses proies.

     

    Siam © GREMM

    À des centaines de kilomètres de là, au large de Gaspé, un autre «visage» connu s’élève au-dessus de l’eau, sa queue donnant l’impression qu’un chat nous dévisage; il s’agit de Siam. Ce mâle est régulièrement vu dans le golfe du Saint-Laurent. Ce «vétéran» a longtemps été le seul de son espèce à remonter le Saint-Laurent jusqu’à Tadoussac. Tous les ans, entre 1981 et 1994, il venait y faire de brèves incursions. Puis, il s’absente pendant de longues années, fréquentant avec assiduité la Minganie et la Gaspésie. On le revoit dans le parc marin en 2001 et, depuis, il vient régulièrement, pour des séjours souvent plus longs que ce qui était dans ses habitudes.

    Incluant Siam, une douzaine de rorquals à bosse sont dénombrés par l’équipe du MICS cette semaine surtout entre Cloridorme et Petit-Cap. L’équipe réussit à suivre sous l’eau quatre rorquals à bosse grâce aux balises à ventouse. «Un très bon début de saison pour ce projet», commente Christian Ramp, chercheur au MICS, et en poste à la station de recherche à Longue-Pointe-de-Mingan. D’ailleurs, la veille, soit le 5 juillet, il prend le large avec ses coéquipiers pour finalement rencontrer deux rorquals à bosse, quinze rorquals communs, quelques marsouins et petits rorquals ainsi que des phoques du Groenland. « La saison est lancée en Minganie! » dit-il. Anik Boileau du CERSI rapporte de son côté huit rorquals communs au large de Sept-Îles. Puis, entre Les Escoumins et Tadoussac, des capitaines et naturalistes soupçonnent la présence du rorqual commun Bp942 surnommé «Piton» à cause de la petite protubérance au niveau de son chevron gauche.

    À l’embouchure du Saguenay, les petits rorquals côtoient les phoques gris. Le 5 juillet, l’équipe de Parcs Canada, occupée à réaliser leurs premiers relevés acoustiques de la saison, repère le petit rorqual Loca. Cet individu a été le premier observé en train de pratiquer un « saut de grenouille » en 2000. Cette manœuvre d’alimentation consiste à pousser la tête et une partie du thorax hors de l’eau et à se laisser retomber violemment sur la surface de l’eau. Depuis 2000, de plus en plus de petits rorquals qui fréquentent le Saguenay utilisent cette technique. De l’autre côté du Saint-Laurent, entre trois et quatre petits rorquals sont régulièrement vus près du quai de Trois-Pistoles.

    Finalement, dans la baie Sainte-Marguerite, une naturaliste profite des derniers moments de sa journée de travail pour contempler des bélugas « en billotage » à la surface de l’eau lorsqu’elle aperçoit un nouveau-né brun parmi le groupe. «Quelle observation incroyable !», s’enthousiasme-t-elle.

     


    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».