Les bélugas du Nord sont-ils en danger?

  • Véronique Lesage
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    23 / 02 / 2014 Par GREMM - /

    Lors d’une entrevue avec Véronique Lesage et Thomas Doniol-Valcroze, chercheurs à l’Institut Maurice-Lamontagne (Pêches et Océans Canada), Baleines en direct leur a posé la question suivante: Les bélugas du Saint-Laurent sont en péril. Qu’en est-il des bélugas du Nord québécois?

    Leur réponse: Les bélugas qui fréquentent les eaux du nord québécois (Nunavik) proviennent pour la plupart d’une même population. Cependant, du fait de leur forte fidélité à des sites de rassemblement l’été, ils se répartissent en au moins trois stocks: la baie d’Ungava, l’est de la baie d’Hudson et l’ouest de la baie d’Hudson. Lors du dernier examen du statut de ces populations, en 2004, le COSEPAC (Comité sur le statut des espèces en péril au Canada) a statué que les stocks de la baie d’Ungava et de l’est de la baie d’Hudson étaient en voie de disparition. Celui de l’ouest de la baie d’Hudson a été jugé préoccupant compte tenu du manque d’information sur la taille du stock qui depuis, est estimée à près de 57,000 individus.

    Les bélugas des trois stocks migrent à l’automne vers le détroit d’Hudson et la mer du Labrador, où ils passeront l’hiver. Les milliers de bélugas du stock de l’ouest de la baie d’Hudson mènent à la perception qu’ils sont très nombreux, ce qui peut conduire les communautés qui chassent l’automne et au printemps dans le détroit à se méprendre sur l’abondance des bélugas en provenance de l’est de la baie d’Hudson et de la baie d’Ungava. Les trois stocks se séparent à nouveau au printemps. Le long des routes migratoires, les chasseurs ne peuvent pas distinguer à quel stock appartiennent les individus chassés. C’est donc grâce aux analyses génétiques effectuées sur des échantillons fournis par les Inuits que nous pouvons estimer les proportions de bélugas chassés provenant des stocks en péril.

    Thomas Doniol-Valcoze

      Thomas Doniol-Valcoze

    Pourquoi ces stocks sont-ils en péril? C’est d’abord une chasse commerciale intensive chapeautée par la Compagnie de la Baie d’Hudson qui les a fragilisés. Dans la baie d’Ungava, cette chasse a duré des années 1860 au début des années 1900. Le stock de l’est de la baie d’Hudson, lui, a été exploité de 1854 à 1877 (environ 8000 bélugas y auraient été pris rien qu’entre 1854 et 1863). Dans les deux cas, la chasse commerciale se serait terminée en raison de l’épuisement des stocks : elle n’était plus rentable car les bélugas étaient devenus trop rares.

    Aujourd’hui, les bélugas de ces trois stocks font l’objet d’une chasse de subsistance par les communautés autochtones du Nunavik. Cette chasse est réglementée par Pêches et Océans Canada depuis le milieu des années 1980. Depuis la signature de l’Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Nunavik, c’est le Conseil de gestion des ressources fauniques de la région marine du Nunavik (CGRFRMN) qui assure la cogestion des bélugas du Nord du Québec dans le cadre d’un plan de gestion pluriannuel établi conjointement avec le ministère.

    La mise en place des plans de gestion a réduit le nombre de prises de bélugas et imposé la fermeture permanente ou saisonnière de certaines aires de fréquentation intensive par les bélugas. Suite à ces mesures, le stock de l’est de la baie d’Hudson semble s’être stabilisé. Un inventaire aérien réalisé tous les trois ou quatre ans permet de fournir des estimations récentes de l’abondance des bélugas dans les eaux du Nunavik et ainsi, mieux évaluer la tendance de chaque stock. Également, le programme d’échantillonnage génétique permet d’estimer la provenance des bélugas tués lors de la chasse.

    Il subsiste cependant beaucoup d’incertitudes quant aux effectifs exacts de bélugas des différents stocks et sur leurs proportions parmi les individus tués par chacune des communautés, surtout dans le détroit d’Hudson. Pêches et Océans Canada travaille étroitement avec les communautés du Nunavik pour le succès de ces mesures de gestion. Il en va bien sûr de la survie des bélugas de ces régions, mais aussi de celle d’une activité faisant partie intégrante du patrimoine et de la culture du Nunavik.

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