La migration

Pourquoi migrer?

Les migrations sont souvent motivées par le besoin de trouver des aires d’alimentation très productives. Migrer peut aussi faire partie d’une stratégie de reproduction. C’est sans doute ce qui incite les rorquals à bosse à se regrouper en hiver dans les eaux des Caraïbes. Ces grands rassemblements pourraient faciliter les rencontres entre les mâles et les femelles. Certaines espèces migreraient aussi pour protéger leur petit de la prédation par les épaulards, plus présents dans les hautes latitudes. Au sein d’une même population, il peut y avoir des individus qui migrent et d’autres qui ne le font pas. Peut-être s’agit-il d’individus non reproducteurs tels des juvéniles, des mâles non «compétitifs» ou des femelles non gestantes ou qui ne s’accoupleront pas cette année-là.

Comment se déroule le voyage?

Comme d’autres espèces de mammifères ou d’oiseaux, l’heure du départ des baleines pour la migration est probablement liée au système hormonal, qui lui est régulé par le changement des conditions climatiques (la durée du jour, un apport d’eau douce important, etc.). Toutefois, d’autres facteurs peuvent aussi intervenir, comme la disponibilité de nourriture et la formation de glace. Certains individus feraient même fi de ces signaux pour étirer leur saison d’alimentation.

La migration peut se faire du nord au sud comme pour les rorquals à bosse. Elle peut aussi se faire « horizontalement », comme pour les marsouins communs qui quittent les zones côtières l’hiver pour le large afin d’éviter les glaces. Et puis, pour d’autres, comme les bélugas du Saint-Laurent, ils alternent d’un secteur favorable à un autre selon les périodes de l’année.

Se nourrissant très peu lors des migrations et dans les zones de reproduction, certaines baleines ont des adaptations pour survivre au jeûne en emmagasinant des réserves de gras qu’elles accumulent tout au long de leur saison d’alimentation. Toutefois, selon une récente étude réalisée sur des rorquals communs et des rorquals bleus de l’Atlantique Nord, ce long voyage ne se ferait pas le ventre si creux; les rorquals feraient des séjours de chasse en cours de route.

Rorqual bleu

  • Rorqual bleu
  • Crédit photo : © Jean Lemire

Comment retrouver son chemin?

Grâce aux astres ? En se fiant aux courants dominants? En percevant les variations dans le champ magnétique terrestre? Possible. Les grands rorquals utiliseraient des sons de très basses fréquences pour percevoir, tel un sonar, les reliefs sous-marins, et pourraient garder en mémoire des cartes acoustiques. Les baleines à fanons auraient également la faculté de «goûter» les différences de composition des masses d’eau, et ainsi retracer l’embouchure d’un fleuve ou la limite d’une banquise. Mais même si de nombreuses découvertes ont été faites, aucune théorie à l’heure actuelle n’est capable d’expliquer cette étonnante précision qu’ont les baleines pour se diriger dans les océans.

Où vont les géants du Saint-Laurent?

Tout dépend de l’espèce. Les rorquals à bosse de l’Atlantique Nord-Ouest se rassemblent dans les Caraïbes pendant l’hiver, puis se répartissent l’été venu dans différentes aires d’alimentation, comme le golfe du Maine, les côtes de Terre-Neuve ou le Saint-Laurent. Une étude américaine basée sur la détection des sons produits par les rorquals communs a montré qu’il y a des rorquals communs partout dans l’Atlantique Nord, et ce pendant toute l’année. On a aussi décelé un mouvement progressif des animaux vers le nord au printemps et vers le sud à l’automne, mais pas de grands rassemblements. Quant aux rorquals bleus, « l’espionnage acoustique » a dévoilé leur présence depuis les Grands Bancs de Terre-Neuve jusqu’aux Bermudes. Certains individus ont également été vus dans le Saint-Laurent en plein hiver, s’alimentant parmi les glaces, au péril de leur vie.

La télémétrie satellite permet d’étudier les déplacements et l’activité des baleines sur une grande distance et pendant de longues périodes, divulguant ainsi plusieurs aspects du périple: routes empruntées, pauses nourricières, vitesse de déplacement, etc. Par exemple, selon de récentes recherches, les Açores seraient une véritable « oasis » printanière pour les rorquals communs et les rorquals bleus en route vers le Groenland; et la vitesse de croisière de ces grands cétacés varierait pendant les 24 heures d’une journée et selon les régions géographiques qu’ils traversent. Ces variations seraient dues au cycle jour-nuit, qui influence la profondeur à laquelle leurs proies se regroupent, influencées par la lumière.

 

Dernière mise à jour: janvier 2014