La communication

Les sons qui voyagent

La fourchette de sons produits par les cétacés s’étend entre 5 et 200 000 Hz, surpassant largement les capacités auditives de l’humain. Toutefois, la fréquence utilisée dépend de l’espèce et de l’activité. Les rorquals bleus peuvent produire des sons omnidirectionnels de très basses fréquences, inaudibles par l’oreille humaine. Ces sons peuvent parcourir des centaines de kilomètres. Les baleines vivent à une autre échelle. Pour un observateur en avion, deux rorquals communs observés à quelques kilomètres l’un de l’autre lui apparaissent naturellement comme deux individus isolés. En réalité, ces deux rorquals voyagent peut-être ensemble, de façon bien coordonnée, tout en échangeant des informations sur la présence de nourriture ou de bateaux.

Des baleines sociales

Les bélugas et les dauphins possèdent des répertoires vocaux très variés. La diversité des sons qu’ils utilisent pourrait être associée à leur comportement social développé. Dans le cas du béluga, qui passe une partie de sa vie près de la banquise où le mouvement des glaces produit un bruit de fond très puissant, la capacité d’émettre une gamme de sons très variés est peut-être essentielle. Chez les épaulards et les cachalots, chaque unité familiale a son dialecte propre.

Des sons pour voir

Les baleines à dents utilisent aussi des sons pour « voir » dans l’obscurité. En émettant des séries d’ultrasons, ils naviguent comme le font les chauves-souris. Ce système d’écholocation leur permet de localiser des objets de façon précise, d’identifier leur nature et même d’en connaître le mouvement. Comment ça marche? Ces baleines émettent des sons qui sont réfléchis par les objets dans leur environnement. Les échos sont reçus par les mâchoires inférieures dans lesquelles un cordon graisseux acheminera l’information à l’oreille (les baleines n’ont pas de pavillon d’oreille, et l’oreille est isolée du reste du crâne). En exploration, les sons sont émis de façon régulière et sur de plus basses fréquences, pour une plus grande portée. Puis, une fois la cible repérée, la cadence et la fréquence augmentent pour obtenir une image de plus en plus précise… jusqu’à la capture!

  • Écholocation de bélugas
  • Source: Extrait du film Rencontre avec les baleines du Saint-Laurent © Productions Alain Belhumeur et Ciné-Bio

Sérénade

Le chant des rorquals à bosse est divisé en phrases musicales qui se répètent pour former des thèmes. Une série de thèmes se suivant dans un ordre spécifique forme un chant, qui dure de quelques minutes à une demi-heure. Pendant la période d’accouplement, le mâle chante des phrases musicales très complexes: cela lui servirait à charmer les femelles et à intimider les autres mâles.

Comment produisent-elles ces sons ?

Même si les baleines à dents possèdent des structures analogues aux cordes vocales dans leur larynx, la grande majorité des sons est produite dans le conduit nasal sous l’évent. L’air, qui entre dans ce conduit, provoque le mouvement d’épaisses membranes, les lèvres phoniques, faisant ainsi vibrer les tissus autour et créant le son. La vibration traverse ensuite le crâne jusqu’au melon, une caisse de résonance graisseuse sur le devant de la tête, qui forme et oriente le faisceau sonore dans l’eau, alors que l’air, qui a passé les lèvres phoniques, est expulsé à l’extérieur par l’évent ou renvoyé à l’appareil nasal pour être recyclé afin d’émettre un nouveau son. Ces vibrations seraient contrôlées avec précision par l’animal.

Toutes les baleines à dents, sauf le cachalot, possèdent deux paires de lèvres phoniques et pourraient ainsi émettre deux sons simultanément. Chez certaines espèces de dauphins, il a même été découvert que la paire de lèvres phoniques de droite servirait principalement à produire les sons d’écholocalisation; celle de gauche, les sifflements.

Les baleines à fanons ne sembleraient pas avoir ce type de structure. Leur larynx pourrait peut-être jouer un rôle dans la production de sons, mais le mécanisme reste toujours peu connu à ce jour, entre autres en raison du défi d’étudier ces énormes animaux qu’on ne retrouve pas en captivité.

Robert Michaud discute de l’univers sonore des baleines et des bélugas

Sur le site de Radio-Canada:

Entrevue avec Robert Michaud : l’univers sonore des baleines et des bélugas

 

Dernière mise à jour: octobre 2014