Chameau

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 29 août 2013

Affecté d’une difformité de type lordose, ce rorqual bleu a une silhouette remarquable, évoquant un chameau ou un serpent de mer. D’autres rorquals bleus du Saint-Laurent peuvent présenter des contours déformés : le patron de coloration moucheté de bleu et de gris permet de confirmer à coup sûr l’identité du rorqual bleu. Par une biopsie réalisée en 1994, les chercheurs du MICS ont appris qu’elle est une femelle.

Chameau fait partie de ces rorquals bleus qui fréquentent régulièrement l’estuaire, mais elle a aussi été photographiée en Gaspésie. En 2002, elle était repérée avec un jeune au large de Portneuf-sur-Mer : une nouvelle précieuse, puisqu’en 35 ans de travail auprès de cette espèce dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, le MICS n’a recensé qu’une vingtaine de mères accompagnées d’un jeune. Le cas de Chameau est d’autant plus rare qu’en 2011, son jeune a été revu, cette fois en Gaspésie. Dans le Saint-Laurent, il s’agissait de la première fois qu’un jeune rorqual bleu était rephotographié après sa première année de vie, alors que c’est assez fréquent pour la population de rorquals bleus étudiée en Basse-Californie.

On voit Chameau de temps à autre depuis le 31 juillet, et encore tout récemment, le 27 août, elle aurait été aperçue dans la brume. Cette année, jusqu’à présent, au moins 12 rorquals bleus différents ont été recensés par le GREMM dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent.

Classée « en voie de disparition », le rorqual bleu de l’Atlantique Nord-Ouest, est surtout étudié dans le Saint-Laurent, qui lui offrirait des conditions d’alimentation exceptionnelles : courants, bathymétrie et marées entrainent en certains endroits d’importantes accumulations de krill, la proie principale de ce géant. Dans le parc marin, les bateaux doivent rester à 400 m des rorquals bleus pour mieux les protéger.

En savoir plus

La fiche signalétique du rorqual bleu

 

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 27 août 2003

« Chameau est un rorqual bleu qu’un problème de dos a affligé d’une silhouette digne des montures du désert.», a-t-on écrit dans un moment d’inspiration.

Chameau est le rorqual bleu le plus célèbre de l’estuaire. Son nom de code est B103 (catalogue du MICS). C’est une femelle connue depuis 1991, et qui a été revue tous les ans par la suite. Elle est reconnaissable à la profonde dépression sur son dos, qui donne l’impression que deux baleines se suivent. À la première rencontre de l’équipe du GREMM avec Chameau, la capitaine disait vouloir aller observer la paire là-bas, paire qui se révéla n’être qu’un seul individu. Chameau a presque toujours été observée dans l’estuaire. En juillet 2000, l’équipe du MICS l’a photographié en Gaspésie pour la première fois, au large de Rivière-au-Renard.

L’an dernier, en 2002, elle est arrivée dans l’estuaire pour la première fois avec un jeune. Elle est devenue la douzième femelle rorqual bleu photographiée avec un baleineau dans le Saint-Laurent. Un club select de femelles ! Observée seule en mai 2002, on croit que le jeune était probablement né en juin. Il s’agissait d’un cas hors de l’ordinaire puisque la mise bas chez le rorqual bleu a généralement lieu entre les mois de décembre et de février. Les baleineaux observés ici sont donc habituellement près du sevrage, l’allaitement durant environ sept mois. Vers la fin de la saison, le baleineau n’a plus été revu. Comme il n’avait pas l’âge d’être sevré, on s’est beaucoup inquiété de ne pas le revoir près de sa mère. On ne sait toujours pas s’il a survécu.

Chameau est de retour cette année. On l’a observée la semaine dernière dans le secteur entre Les Escoumins et Forestville.