Tic Tac Toe

Tiré du bulletin Portrait de baleines,  24  juin 2017

Pour ce premier numéro, qui de mieux que Tic Tac Toe, une « vieille » connaissance des capitaines et naturalistes du parc marin, de la Gaspésie et des iles Mingan depuis plus de 15 ans ! La voilà de retour dans l’un de ses secteurs d’alimentation de prédilection : la tête du chenal Laurentien. Sa signature : une croix bien visible dans le lobe droit de sa queue.

Alimentation : rouge. Reproduction : vert

© Otionos. Alimentation : rouge. Reproduction : vert

D’où arrive-t-elle ? Possiblement, d’une longue migration d’environ 7000 km. Les rorquals à bosse de l’Atlantique Nord se reproduisent et mettent bas dans les eaux chaudes et peu profondes des Caraïbes ainsi que celles des iles du Cap-Vert, un état insulaire de l’Afrique de l’Ouest. Leur fidélité pour leurs routes migratoires et leurs aires de reproduction hivernales et d’alimentation estivales facilite le suivi de ces baleines à travers le monde. La « période des amours » des baleines à bosse est d’ailleurs la plus étudiée de tous les rorquals.

Mais avant que l’accouplement n’ait lieu à proprement parler, une compétition entre mâles prend la forme de combats agressifs. Ils chantent aussi pour attirer les femelles, établir une hiérarchie ou une certaine coopération. Onze mois plus tard, le baleineau voit le jour. Il boit le lait gras de sa mère, environ 43 litres par jour, et grossit à vue d’œil (3 cm/jour). Il ne s’éloigne jamais de sa mère, pas plus loin qu’une distance égale à sa propre longueur. La paire est parfois escortée d’un mâle.

Le jeune rorqual à bosse sera sevré vers l’âge de 10 mois. Toutefois, la vie auprès de sa mère ne se terminera pas là. Il restera avec elle un an, voire deux, à assimiler les rudiments de la chasse et d’autres apprentissages essentiels à sa survie. Ces soins maternels sont d’ailleurs les plus long observés chez les baleines à fanons. Il découvrira aussi la longue route à faire jusqu’aux secteurs d’été comme le Saint-Laurent.

Tic Tac Toe a parcouru ce long voyage au moins à deux reprises accompagnée de sa progéniture : en 2007 avec la femelle nommée Aramis — vue tous les ans depuis 2007 ! – et avec la femelle H797 en 2012. Aurait-elle donné naissance depuis ? La reverrons-nous avec un baleineau ? Un jeune individu a été vu près d’elle cette semaine. Toutefois, rien n’indique pour le moment qu’il est son baleineau. À suivre.

En savoir plus

La fiche signalétique du rorqual à bosse


 

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 3 juillet 2014

Première arrivée parmi les grands cétacés cette saison et très mobile! Elle a été observée le 3 mai entre Tadoussac et Les Bergeronnes lors des premières sorties de l’équipe de recherche du GREMM, puis le 12 mai en Gaspésie par un membre de l’équipe (et aussi par l’équipe du MICS) et à nouveau dans le parc marin le 28 mai.

Des deux baleineaux qui ont été vus accompagnant cette femelle aujourd’hui âgée de 16,5 ans (née dans l’hiver 1997-1998 dans les eaux des Caraïbes), l’un n’a été observé qu’une fois, en 2012; depuis, pas de nouvelles de lui en 2013 et 2014 dans l’estuaire, ni dans le golfe comme nous l’indique le MICS, responsable du catalogue des rorquals à bosse du Saint-Laurent.

Des chercheurs ont publié en octobre 2013 les suivis satellitaires de la migration de 22 rorquals à bosse de l’Atlantique Nord, à partir des Antilles et de la fin de l’hiver. Pour atteindre leurs quartiers d’été où ils s’alimentent, certains ont fait route vers la côte est des États-Unis et vers le Canada, et d’autres ont rejoint l’Islande et la Norvège après un voyage de près de 7 000 km. Ils se déplacent à environ 4,3 km/h de moyenne, alors que leur vitesse dans les aires hivernales de reproduction est de 1,7 km/h. Les femelles accompagnées d’un baleineau nagent plus lentement que les femelles solitaires.

Après un long hiver

Que l’on soit rorqual migrateur ou humain saisonnier, il est heureux de se retrouver dans ses aires estivales. Tout le monde est à pied d’œuvre, pour se nourrir, observer, rêver, comprendre. Pour mieux comprendre la beauté de l’estuaire maritime du Saint-Laurent, du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, de ses habitants et visiteurs à nageoires. Mieux comprendre pour mieux protéger ces mammifères, qui sont fragiles autant que leur habitat.


 

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 1er août 2013

Ce rorqual à bosse est peut-être l’un des meilleurs ambassadeurs du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. D’abord, il, ou plutôt elle, est née en même temps que le parc marin, en 1998. En effet, Tic Tac Toe est née au cours de l’hiver 1997-1998, dans les eaux des Caraïbes, au moment où les gouvernements du Canada et du Québec édictaient les lois nécessaires à la création du parc marin. Le 8 juin 1998, le parc était officiellement créé, et c’est probablement vers cette date que Tic Tac Toe et sa mère sont arrivées dans le Saint-Laurent pour y passer la saison d’alimentation. Mais elles n’ont pas « mis les pieds » dans le parc marin cet été-là.

À cette époque, le parc marin était loin d’être une destination pour les rorquals à bosse, une espèce qu’on retrouve plutôt dans le golfe, en Minganie, en Basse-Côte-Nord ou en Gaspésie. Tic Tac Toe a donc créé la surprise en remontant l’estuaire l’été suivant, alors qu’elle était indépendante de sa mère, pour passer plusieurs semaines dans le parc marin. Depuis cette époque, plusieurs autres rorquals à bosse semblent aussi avoir adopté le secteur pour s’y alimenter l’été : cet été pas moins de six rorquals à bosse différents ont été recensés jusqu’à présent, surtout de jeunes animaux âgés de moins de 10 ans (comme Blizzard, Gaspar et Aramis), mais également le doyen Siam, qui fréquente le parc marin depuis au moins 1981.

Tic Tac Toe, 15 ans, a eu deux petits jusqu’à présent. Aramis, née en 2007, est aussi une fidèle du parc marin. Le jeune né en 2012 n’a pas encore de nom et n’a pas encore été vu dans le Saint-Laurent cette année, ni dans le parc marin, ni ailleurs dans le golfe (informations du MICS, responsable du catalogue des rorquals à bosse du Saint-Laurent : www.rorqual.com).


 

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 12 juillet 2012

Ce rorqual à bosse est mère pour la deuxième fois de sa vie, et nous avons le plaisir de la voir avec son petit ces derniers jours dans le parc marin. Ils étaient déjà venus faire un court séjour dans le secteur au mois de mai.

Tic Tac Toe est bien connue dans la région : en 1999, elle y passait son premier séjour. D’après le patron de coloration sous sa queue, l’équipe du MICS a jugé qu’il s’agissait alors d’un animal âgé d’un an. Elle est devenue une fidèle du parc marin. Grande voyageuse, elle est aussi régulièrement photographiée ailleurs dans le Saint-Laurent, notamment en Gaspésie et en Minganie. En 2007, elle est devenue le premier rorqual à bosse à amener son jeune dans l’estuaire, de mémoire d’homme. Le petit, baptisé Aramis, a lui aussi adopté le parc marin… ou plutôt « elle aussi », car Aramis est une femelle.

La photo-identification permet ainsi aux chercheurs de suivre les baleines tout au long de leur vie et d’en déduire des informations biologiques de première importance. Tic Tac Toe est un bel exemple : on sait qu’elle a cette année 14 ans, qu’elle a eu son premier jeune à 9 ans et qu’un intervalle de 5 ans s’est écoulé avant qu’elle ait son deuxième petit. À titre de comparaison, chez les rorquals à bosse, les femelles tendent à avoir leur premier jeune en moyenne à 5 ans, avec un intervalle moyen de 2 à 3 ans entre les naissances. Aramis pourrait bientôt avoir un jeune, et Tic Tac Toe serait alors grand-mère!

Ce que les capitaines en disent : particulièrement exubérante dans sa jeunesse, elle avait souvent des comportements aériens impressionnants : sauts hors de l’eau, coups de nageoires, coups de queue, grognements. Depuis 2006, elle serait plus calme.