Siam

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 19 juillet 2017

Absent du secteur de l’estuaire depuis 2012, Siam (H007) est aujourd’hui de retour chez nous ! Il nous arrive tout droit de la Gaspésie, où sa présence fut rapportée le 29 juin dernier. Des chercheurs ont profité de son séjour dans la péninsule pour lui poser une balise à ventouses. Ce petit dispositif, conjugué à l’utilisation d’un drone captant des images aériennes, permettra aux scientifiques de la Station de recherche des Iles Mingan et de la Sea Mammal Research Unit (SMRU) d’en savoir plus sur l’état de santé général de Siam.

Ce rorqual à bosse est connu depuis belle lurette : la première rencontre remonte à 1981, année où des pêcheurs tadoussaciens le photographient au large de la pointe à la Carriole. Depuis, ses visites dans notre zone ont connu des sauts chronologiques, Siam préférant certaines années la Gaspésie et la Minganie à l’estuaire. Un patron de coloration particulier sous la queue où deux yeux de chat semblent se détacher lui aura valu le nom de Siam, en référence à la race féline bien connue – les Siamois.

Tiré de PAYNE, R. S. and S. MCVAY. 1971. Songs of humpback whales. Science 173: 585-597

H007 appartient à la population de rorquals à bosse de l’Atlantique-Nord. Les mâles de cette population se regroupent chaque année dans les Caraïbes et produisent des chants harmonieux en guise de stratégie reproductrice. Leur répertoire vocal est fascinant : des segments longs et courts s’entrecroisent, ponctués de silences et de répétitions, le tout structuré selon une hiérarchie calculée. Des chercheurs se sont ainsi affairés à décortiquer des sérénades de rorquals à bosse en « thèmes » qui se manifestent dans un ordre précis, et chacun serait composé de quelques « phrases » souvent répétées – la durée de celles-ci oscillerait entre 20 et 40 secondes. 10 minutes de chants variés pourraient s’écouler avant que le rorqual à bosse ne revienne à son « thème » central.

D’autre part, un transfert de l’héritage culturel a été constaté chez certains cétacés, dont les rorquals à bosse. Dans chaque population, les mâles se conforment à un chant précis constitué de « thèmes » enchainés de façon spécifique. Une étude conduite entre 1998 et 2008 auprès de nombreuses populations de baleines à bosse de l’océan Pacifique a révélé l’existence d’une transmission culturelle dite horizontale – soit intergénérationnelle ou entre individus d’une même classe d’âge sans liens familiaux – de ces séquences mélodieuses, qui suivrait une trajectoire est-ouest.

En savoir plus

La fiche signalétique du rorqual à bosse

 


 

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 9 août 2012

Le patriarche. Ce rorqual à bosse a longtemps été le seul de son espèce à remonter le Saint-Laurent jusqu’à Tadoussac. Tous les ans, entre 1981 et 1994, il venait y faire de brèves incursions. Puis, il s’absente pendant de longues années, fréquentant avec assiduité la Minganie et la Gaspésie. On le revoit dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent en 2001, et depuis, il vient régulièrement, pour des séjours souvent plus longs que ce qui était dans ses habitudes. Cette année, il est arrivé dans le secteur à la fin juin. Depuis, on l’observe parfois seul, parfois avec un autre rorqual à bosse, que ce soit Blizzard, Irisept ou Aramis.

Ce mâle adulte figure au catalogue des rorquals à bosse de l’Atlantique Nord, qui compte un peu plus de 7000 individus. Géré par le College of the Atlantic/Allied Whale, ce catalogue regroupe des photos prises par différents chercheurs, autant dans les aires d’alimentation en été que sur les sites de reproduction l’hiver. Selon ces informations, Siam aurait été identifié l’hiver dans les Caraïbes, au large de Porto Rico. Un mâle comme lui fait probablement le voyage chaque année : 5 000 km à l’automne pour passer l’hiver à chanter et combattre d’autres mâles dans les eaux limpides du Sud, afin d’avoir la chance de s’accoupler avec une femelle! Au printemps, il lui faut reparcourir ces 5000 km vers les eaux froides et productives du Saint-Laurent, afin de refaire ses réserves de graisse en vue de la prochaine saison de reproduction.

En 1981, c’est par hasard que des résidants de Tadoussac rencontrent Siam pour la première fois, en chaloupe au large de la pointe à la Carriole. Nous sommes au tout début des excursions en mer à la rencontre des baleines de la région. Cette photo « amateure » deviendra une donnée scientifique précieuse!