H753, ou « Bad Chemistry »

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 6 octobre 2017

Identifiée par l’équipe de la Station de recherche des Iles Mingan (MICS) et troisième maman rorqual à bosse à faire son entrée cet été dans le parc marin, après Tic Tac Toe et Tingley, Bad Chemistry est tout sauf discrète. Ses breachs (sauts) et sessions de lobtailing (coups de queue) et de flipper slapping (coups de nageoire pectorale) ont ravi les visiteurs qui n’oublieront pas de sitôt ces observations privilégiées. Ces comportements démonstratifs sont associés à des activités sociales : le jeu pour les jeunes, la séduction et la défiance pour les mâles pendant la période d’accouplement et la communication entre compagnons éloignés. Les breachs permettraient aussi de se débarrasser des parasites (poux, lamproies, etc.) et favoriseraient la capacité de plongée des jeunes animaux. En effet, l’effort physique pour réussir cet exploit influencerait la production de myoglobine, une protéine qui transporte et entrepose l’oxygène dans les muscles des vertébrés. Chez les mammifères marins, elle est particulièrement abondante et serait la clé du succès de leurs plongées. Le veau de Bad Chemistry a lui aussi réalisé des bonds hors de l’eau, peut-être pour cette raison.

Le 5 juin dernier à Gaspé, des chercheurs du MICS et du Sea Mammal Research Unit dotaient Bad Chemistry d’une balise à ventouses pour mieux comprendre son comportement de plongée. Au cours du suivi, ils ont pu observer les interactions entre la mère et son veau. La position d’un baleineau par rapport à sa mère est stratégique. Le nouveau-né se place toujours dans le champ visuel de sa mère. Au repos, lorsqu’elle est immobile, le petit s’installe souvent sous son rostre pour se protéger d’éventuels prédateurs et pour profiter de la flottabilité maitrisée de sa mère. En déplacement, la mère se met sous son baleineau afin qu’il use de son hydrodynamisme et réduise les pertes d’énergies dues aux efforts pour nager. Les comportements de surface du baleineau sont aussi motivés par la respiration, dont la maitrise requiert un fin apprentissage qui se fait entre autres par imitation de sa mère.

Tomas Kotouc-Shutterstock

Tomas Kotouc-Shutterstock

Pour le moment, aucune étude n’a établi une évidence comme quoi les jeunes rorquals à bosse privilégieraient plus un côté de leur mère que l’autre, contrairement aux jeunes bélugas, baleines franches australes, épaulards et même humains qui préfèreraient se placer du côté droit. Ce positionnement favoriserait non seulement l’attachement mère-enfant, mais augmenterait aussi les chances de survie des jeunes mammifères sauvages.

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La fiche signalétique du rorqual à bosse