Tryphon in memoriam

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 26 juillet 2012

Tryphon était le cachalot le plus célèbre du Saint-Laurent. Photographié pour la première fois devant Les Bergeronnes en 1991, il était de loin le plus fidèle des quelque 30 cachalots figurant au catalogue monté par le GREMM, photographié presque chaque année dans l’estuaire. Les observateurs terrestres entre Les Bergeronnes et Les Escoumins étaient souvent les premiers à repérer l’animal et à signaler sa présence aux chercheurs. Il était devenu un « visage » familier de la Côte-Nord.

Le 10 juin 2009, Tryphon s’est malheureusement empêtré dans des câbles de casiers à crabes à Sept-Îles. Malgré tous les efforts du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins et du pêcheur pour le libérer (voir la tentative de désempêtrement), il est décédé quelques jours plus tard, toujours encombré de cordages. Sa carcasse a été retrouvée sur l’île Saint-Barnabé, près de Rimouski, où une équipe du GREMM a documenté les blessures et l’empêtrement : pas moins de 40 tours de cordage enserraient sa mâchoire inférieure. Grâce au support de la Fondation de la faune du Québec, l’équipe a récupéré les mâchoires, les dents et les cordages, une priorité, car ce sont des éléments forts pour la sensibilisation. Les restes de Tryphon ont été enterrés sur place par la Ville de Rimouski.

L’analyse d’une dent de Tryphon par l’équipe de Véronique Lesage à l’Institut Maurice-Lamontagne (Pêches et Océans Canada) a permis d’apprendre que Tryphon avait au moins 60 ans. Éventuellement, les mâchoires et les dents de Tryphon seront exposées au CIMM, et des répliques prendront place dans les musées partenaires du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins. D’ici là, pour voir le squelette entier d’un cachalot, visitez le CIMM, qui présente un autre individu décédé en Gaspésie à la fin de l’été 2003.

Le nouveau bateau de l’entreprise Otis Excursions se nomme « Tryphon » en l’honneur de ce véritable personnage de la Côte-Nord. Ce bateau pouvant accueillir 48 passagers remplace deux embarcations plus petites, un geste qui s’ajoute à tous les efforts des entreprises membres de l’Alliance Éco-Baleine pour assurer la pratique responsable de l’observation des baleines dans le parc marin.

En savoir plus

La fiche signalétique du cachalot


Tiré du bulletin Portrait de baleines, 17 juin 2009

Ce cachalot a fait les manchettes le 10 juin dernier. La veille en soirée, des croisiéristes de Sept-Îles avaient signalé au 1-877-7baleine un cachalot piégé dans des câbles de casiers à crabe. Rapidement, le MPO et le MICS s’étaient rendus sur place pour valider la situation. La nuit tombant, il avait fallu remettre le sauvetage aux aurores du lendemain. Entre temps, des consultations élargies avaient permis de préciser le plan et les consignes de sécurité. Le cachalot est en effet un animal puissant qui peut devenir agressif s’il se sent menacé.

Au matin, le pêcheur a réussi à alléger Tryphon de 13 casiers. L’équipe d’intervention a pris le relais, et, au bout de plusieurs heures de travail, Tryphon reprenait le large, apparemment vigoureux. Malheureusement, il traînait encore du cordage. Un appel à la vigilance a été lancé à la grandeur du Saint-Laurent pour suivre l’état de l’animal.

Le 15 juin au matin, des riverains aux Bergeronnes signalaient la présence d’un cachalot. Peu de temps après, l’équipe du GREMM confirmait que c’était bien Tryphon et qu’il avait toujours des cordages aux niveaux de la tête et de la nageoire dorsale. La journée a permis au GREMM et au parc marin (PMSSL) d’évaluer l’état de l’animal. L’équipe du MICS devait tenter une intervention le lendemain, mais l’animal, nomade, est resté introuvable malgré la vigilance de tous. Si on voit un cachalot, le mot d’ordre reste d’appeler Urgences Mammifères Marins et de rester à distance. Un grand merci à vous tous, observateurs attentifs!

Les prises accidentelles tuent 300 000 cétacés par année dans le monde, mettant en péril plusieurs populations, dont la baleine noire de l’Atlantique Nord. La prévention reste la meilleure avenue pour réduire ces mortalités : partout dans le monde, des pêcheurs collaborent à développer des techniques sans danger pour les cétacés.