Hélis

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 1er juin 2005

Pour ceux et celles qui ont été fidèles au bulletin des Nouvelles du large de Baleines en direct cet hiver, vous vous douterez qu’Hélis, ce béluga du Saint-Laurent identifié par les chercheurs du GREMM en 1986, n’a pas été vu récemment dans les eaux du parc marin et de sa périphérie. En effet, Hélis a déserté le Saint-Laurent au cours de l’hiver pour se retrouver en avril dernier près de 2000 km plus au sud, dans la rivière Delaware au New Jersey, à 200 km de la côte Atlantique. Voici le récit de son odyssée.

À la mi-avril dernier, à la grande surprise des résidants de la ville de Trenton au New Jersey, une baleine blanche de deux à trois mètres de longueur faisait surface dans la rivière Delaware, à 200 km de la côte Atlantique! Cet événement exceptionnel a attiré des centaines de curieux qui se sont attroupés sur les rives et plusieurs plaisanciers qui se sont approchés de l’animal. Des photos envoyées au GREMM avaient permis d’identifier le béluga parmi les quelque 300 photo-identifiés depuis 1985 : Dl 018 ou Hélis. Suivi de près par les autorités américaines, Hélis n’a finalement passé que quatre jours dans cette zone avant de redescendre tranquillement la rivière pour rejoindre l’océan. Neuf jours plus tard, Hélis réapparaissait dans une autre zone fortement industrialisée, près de Philadelphie : la rivière Schuylkill. Là encore, le béluga a attiré des centaines de curieux. Depuis qu’il a quitté cette rivière quelques jours après son arrivée, aucune autre observation de ce béluga en cavale n’a été signalée.

Hélis est aujourd’hui un adulte de près de 30 ans, soit la limite supérieure de la longévité des bélugas. Les secteurs et les bélugas qu’il fréquentait suggèrent qu’il serait un mâle. En 1989, dans le cadre de la campagne Adoptons un béluga lancé par l’Institut national d’écotoxicologie du Saint-Laurent (INESL), Dl 018 était adopté par les étudiants et le personnel du module de biologie de l’Université du Québec à Chicoutimi, qui lui avaient donné le nom d’Hélis. Ce nom, inspiré par la forme de son importante cicatrice provenant probablement d’une pale d’hélice de bateau, a d’ailleurs été repris par les médias américains qui ont suivi avec beaucoup d’intérêt l’odyssée de ce béluga.

Hélis n’est pas le premier béluga en cavale. Parmi tous ceux relevés depuis les années 1970, cette mention serait toutefois la plus éloignée du Saint-Laurent et de l’Arctique. Sociables de nature, ces bélugas solitaires sont souvent à la recherche d’interactions avec les humains. Ironiquement, de telles interactions soutenues peuvent faire en sorte que l’animal décide de rester plutôt que de retourner d’où il vient. Hélis retrouvera-t-il un jour ses compagnons du Saint-Laurent? Impossible de le prédire.

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La fiche signalétique du béluga