Adhothuys

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 8 juin 2005

Le 13 mai dernier, un béluga mort a été retrouvé échoué sur une plage de Saint-Ulric. Des photos des cicatrices que portait l’animal ont révélé qu’il s’agissait d’Adhothuys ou Dl 073, un des quelque 350 bélugas connus par les chercheurs du GREMM/INESL. La première identification de Dl 073 remonte au 4 septembre 1986. Adhothuys était alors déjà adulte et son importante cicatrice devant sa crête dorsale sur son flanc droit le rendait facilement reconnaissable. Les chercheurs auront tout de même dû attendre quatre ans avant de le revoir. Il a ensuite été photographié plus régulièrement de 1991 à 1998, en 2000 et en 2003.

Adhothuys faisait partie d’un réseau de mâles qui fréquentent la portion aval de l’estuaire ;aire de répartition estivale des bélugas. Il était régulièrement observé dans le secteur du chenal Laurentien, au large des Bergeronnes et du cap de Bon-Désir. Son sexe a été confirmé par l’analyse de l’ADN extrait lors d’une biopsie (morceau de peau et de gras) prélevée sur son dos en 1993. Comme les autres mâles adultes de la population, Adhothuys vivait pendant l’été dans des bandes composées essentiellement de mâles. À l’occasion, ces bandes se joignent à des troupeaux de juvéniles ou encore à des femelles accompagnées de jeunes pour former des grands troupeaux mixtes. Adhothuys a d’ailleurs fréquemment été observé au sein de ces agrégations qui peuvent compter jusqu’à 150 bélugas.

Le programme de photo-identification des bélugas a révélé l’existence chez les mâles d’associations stables à long terme entre les adultes. La fonction de ces alliances est encore mal comprise. Elle pourrait jouer un rôle dans la compétition pour la reproduction. Le compagnon le plus fidèle d’Adhothuys était Dl 111 aussi appelé Bon Désir. Ce dernier a aussi été retrouvé mort en juillet 2000 au large des Escoumins.

La carcasse d’Adhothuys échouée à Saint-Ulric était en bonne condition. Elle a donc pu être transportée au laboratoire de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal à Saint-Hyacinthe où l’équipe du Dr Stéphane Lair a fait une nécropsie. L’analyse préliminaire suggère qu’Adhothuys est décédé à la suite d’une maladie pulmonaire chronique, mais des analyses plus poussées devront être complétées avant de le confirmer.

Le suivi des mortalités de bélugas du Saint-Laurent se poursuit depuis 1982. Cette étude unique effectuée par l’Institut national d’écotoxicologie du Saint-Laurent (INESL), la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et l’Institut Maurice-Lamontagne (IML-MPO) avec la collaboration du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent a déjà permis d’identifier des problèmes de santé de cette population exposée à plusieurs sources de pollution. À l’aide de la génétique et de la photo-identification nous commençons à faire le lien entre les individus « connus » de leur vivant et les carcasses retrouvées sur les rives. Cette information ouvre une nouvelle piste pour tenter de comprendre l’absence de rétablissement apparent de cette population menacée.

En 1990, Dl 073 a été adopté par un regroupement d’employés de l’IML-MPO en collaboration avec les employés de la Garde côtière canadienne et la Fondation d’architecture de paysage du Canada. Ils l’ont alors baptisé Adhothuys, nom que donnaient les Amérindiens à l’époque de Jacques Cartier à ces habitants blancs des eaux du Saint-Laurent. Ce geste et celui des 115 autres parrains des bélugas du Saint-Laurent ont permis d’écrire cette histoire.

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La fiche signalétique du béluga