Eubalaena incognita

Tiré du bulletin Portrait de baleines, 21 août 2002

Exceptionnellement, nous vous présentons cette semaine une baleine qui n’a pas encore été identifiée. Il s’agit de la baleine noire (aussi appelée baleine franche ou Eubalaena glacialis) qui nous a fait une visite incognito le vendredi 16 août 2002. L’espace d’une croisière, en début d’après-midi, elle a pu être observée par quelques bateaux d’excursion. On l’a d’abord vue à la bouée S4, où elle a frappé de la queue et de la nageoire pectorale sur l’eau. Elle a ensuite remonté jusqu’à la bouée K56, puis s’est déplacée le long de la batture aux Alouettes vers K58, avant qu’on perde sa trace. Il faut dire que les conditions d’observation étaient particulièrement difficiles : grand vent et beaucoup de vagues. Qui était-ce ? L’analyse des photographies prises par une naturaliste permettra peut-être de le savoir. À suivre…

Dans l’estuaire du Saint-Laurent, c’est en 1998 que la présence de baleines noires a été documentée pour la première fois depuis le temps des Basques. Cette année-là, le vendredi 31 juillet, deux individus étaient venus faire un tour au large des Bergeronnes. Ils auraient peut-être été aperçus le lendemain à partir du cap de-Bon-Désir. Le 22 août, l’estuaire avait de nouveau reçu la visite de deux baleines noires. Cette fois-là, des photographies avaient permis l’identification des individus. Le catalogue de référence du New England Aquarium, au Massachusetts, regroupe des photos de presque toutes les baleines noires de l’Atlantique Nord. Nos deux visiteurs y figurent. L’un porte le numéro 1226. C’est un mâle adulte rencontré pour la première fois en 1979 dans la baie de Fundy. L’autre baleine, le numéro 1407, est une femelle dont la première rencontre remonte à 1980. Elle a eu trois baleineaux connus et a été vue en Floride, en Géorgie, dans la baie du Massachusetts et dans la baie de Fundy. Était-ce un de ces deux voyageurs qui est revenu nous dire bonjour ?

Depuis quelques années, des baleines noires sont régulièrement observées dans les environs de Percé et de Mingan. D’ailleurs, cet été, quelques baleines noires (on en a dénombré jusqu’à sept) sont présentes à Percé depuis la mi-juillet. Une autre fréquente la région de Mingan depuis le 30 juillet. Ces informations représentent-elles des signes de rétablissement de cette espèce en danger de disparition ? Autrefois, les baleines noires étaient nombreuses dans le golfe du Saint-Laurent. Les Basques les chassaient possiblement jusque dans l’estuaire. Notre incognito faisait-elle un pèlerinage marginal en terre de ses ancêtres ?

Dans l’Atlantique Nord, la baleine noire compte moins de 350 représentants. On peut la reconnaître par son souffle en forme de «V», par ses callosités blanches sur la tête, par l’absence de nageoire dorsale et par sa queue noire échancrée visible à chaque plongée. Elle est particulièrement menacée par les collisions avec les bateaux. En effet, elle est lente, difficile à voir et apparemment indifférente à la présence de bateaux. Il est important de signaler immédiatement l’observation d’une baleine noire en téléphonant au 418-235-4701 (le numéro du GREMM) ou au 1-877-7baleine (1-877-722-5346). Merci !

En savoir plus

La fiche signalétique de la baleine noire