Un piège à plancton

 

Géant cherche nuage de nourriture

Pour satisfaire les énormes besoins énergétiques que lui imposent ses 80 tonnes, un rorqual bleu doit manger une tonne de krill quotidiennement. Il recherche donc d’immenses concentrations de ces crustacés, comme ce banc de 1 à 7 km de largeur, de 25 m d’épaisseur et de 100 km de longueur détecté à l’aide d’un échosondeur par l’équipe d’Yvan Simard, de Pêches et Océans Canada, au large des Escoumins en 1982.

Les grandes zones de productivité biologique des océans se situent plus près des pôles que des tropiques. En effet, le climat des régions polaires entraîne des remontées d’eau froide qui ramènent en surface les minéraux accumulés en profondeur. Cet enrichissement des eaux de surface, où la lumière pénètre, favorise la prolifération des algues microscopiques à la base du réseau alimentaire aquatique.

Brassage à la tête du chenal

C’est ce qui se passe à la « tête » du chenal Laurentien, entre Tadoussac et Les Bergeronnes. À cet endroit, une couche d’eau glaciale située entre 40 m et 150 m de profondeur et riche en minéraux est entraînée par les courants de marée vers la surface et les régions peu profondes de l’estuaire moyen. Les eaux de surface se mélangent alors aux eaux profondes, se refroidissent et s’enrichissent de sels minéraux. Toutefois, de forts courants les entraînent très rapidement en aval, vers l’estuaire maritime et le golfe. C’est donc en aval, et non localement, qu’il y aura une productivité maximale de plancton…

 

Un cul-de-sac pour le krill

Comment expliquer alors les énormes concentrations de krill et de copépodes qu’on trouve à la tête du chenal? Selon les chercheurs de l’Institut Maurice-Lamontagne, ces organismes y seraient transportés depuis le golfe! En effet, le zooplancton adulte effectue généralement des migrations verticales entre la surface, où il mange la nuit, et les profondeurs, où il se cache des prédateurs le jour. Pendant les longs jours d’été, il passe ainsi beaucoup plus de temps en profondeur qu’en surface. Or, les eaux de surface s’écoulent vers l’Atlantique tandis que les eaux profondes du chenal sont lentement pompées vers l’amont. Ce courant profond amènerait donc peu à peu le zooplancton adulte vers le cul-de-sac topographique que forme la tête du chenal, où ils seraient pris dans le mouvement de remontée d’eau profonde. Assez bons nageurs, ils luttent pour demeurer en profondeur le jour, et c’est ce qui provoquerait le processus d’accumulation. Ainsi, à la fin d’un voyage qui aurait duré un an ou deux, ils formeraient d’importantes concentrations comme celle que l’équipe de M. Simard a détectée en 1982. Ces adultes pondent des oeufs qui seraient évacués avec une partie des sels nutritifs vers le golfe et le cycle recommencerait.

Et les poissons?

On sait que les agrégations de zooplancton attirent les poissons et les baleines. Mais on ignore à peu près tout de l’abondance et de la distribution des différentes espèces de poissons, ainsi que de l’écologie alimentaire des cétacés de l’estuaire du Saint-Laurent. Il semble que deux espèces de poissons, le hareng Atlantique et le capelan, soient particulièrement abondantes. On trouve des concentrations importantes de jeunes capelans dans le Saguenay et à son embouchure pendant presque toute l’année. Ces poissons constituent sans doute une ressource alimentaire importante pour les cétacés. D’autres espèces comme le lançon d’Amérique et l’éperlan sont aussi présentes dans l’estuaire, mais les connaissances à leur sujegraphique-levasseurt sont très limitées.

Dernière mise à jour: mai 2013