Front, clapotis et vortex : la confluence du Saguenay et du Saint-Laurent

Une zone de vagues désordonnées, une frontière marquée par des eaux de différentes couleurs, une accumulation d’écume et d’autres débris, un tourbillon, une présence accrue de mammifères marins et d’oiseaux marins… Voilà les caractéristiques de la confluence du Saguenay et du Saint-Laurent, où la topographie, les courants, les marées et les caractéristiques des masses d’eau qui se rencontrent créent des conditions océanographiques très particulières, qui piègent les proies des baleines.

Comme l’eau et l’huile…

Les eaux du Saint-Laurent et du Saguenay ont des densités différentes et ne se mélangent pas, un peu comme l’eau et l’huile. Le Saguenay est moins salé, plus chaud et riche en tannins et en fer, ce qui explique sa coloration brunâtre. Quant au Saint-Laurent, il est plus salé, plus froid et riche en algues microscopiques, ce qui explique sa coloration verdâtre. De ce fait, lorsque les eaux du Saguenay rencontrent celles du Saint-Laurent, il se forme un front qui se déplace selon les marées. À la marée montante, les eaux du Saint-Laurent poussent les eaux du Saguenay. Le front se déplace donc vers le Saguenay. À la marée descendante c’est le contraire, alors que la langue d’eau du Saguenay, appelée le panache, se déplace vers le Saint-Laurent. Un autre front se forme entre l’île Rouge et la batture aux Alouettes, alors que les eaux saumâtres de l’estuaire moyen rencontrent les eaux froides et salées de l’estuaire maritime.

Au début de la marée descendante, les eaux du Saguenay et de l’estuaire moyen poussent les eaux de surface de l’estuaire maritime. Ainsi, les deux fronts se déplacent vers l’aval pour ne former qu’un seul front, quelques heures après la marée haute, partant de la batture aux Vaches et se dirigeant en aval.

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Le front de marée montante à l’embouchure du Saguenay
© GREMM

Clapotis variables

Le Saguenay, l’estuaire maritime et l’estuaire moyen ont aussi des courants différents. À la rencontre de ces courants, au niveau des fronts, il se forme donc des zones de turbulence très dynamiques, caractérisées par des vagues désordonnées de tailles variables. Ces zones sont appelées clapotis. Puisque les courants engendrés par la marée et les courants de surface générés par le vent contribuent aussi à ce phénomène, les zones de clapotis changent selon les conditions. Par exemple, elles disparaissent presque complètement à la marée basse.

Comme un bain qui se vide…

Enfin, au centre du front du Saguenay, à la marée montante, il se crée un tourbillon qui peut facilement déstabiliser les plus petites embarcations. Ce phénomène, appelé vortex, est lié à la remontée d’eau froide à la tête du chenal Laurentien : lorsque ces eaux très denses atteignent les zones peu profondes de l’embouchure du Saguenay, elles cherchent à plonger dans les profondeurs du Saguenay. Elles le font en spirale, comme l’eau qui s’écoule d’un bain.

 

Dernière mise à jour: mai 2013