Le mouvement des proies conditionne celui des baleines

  • 13 / 09 / 2017 Par Collaboration spéciale

    Un texte de Sonia Villalon

    Chaque espèce a ses préférences de proies et les observations de cette semaine nous le prouvent bien :

    L’équipe de la Station de recherche des iles Mingan (MICS) a observé plusieurs grandes baleines cette semaine: une trentaine de rorquals communs, une vingtaine de rorquals à bosse (tous connus et répertoriés dans le catalogue du MICS, notamment Van Gogh et Doggy), six rorquals bleus et trois baleines noires. Au large de l’ile d’Anticosti, une cinquantaine de grandes baleines sont observées dont deux rorquals bleus, une baleine noire et de nombreux rorquals communs et rorquals à bosse. On suppose que ces secteurs sont bien garnis en zooplancton dont raffolent ces grandes baleines filtreuses, soit du krill et des copépodes qui sont de tout petits crustacés.

    Dauphin à flancs blancs

    À Mingan, les observations de petit rorqual et de marsouin commun sont rares. C’est dans le secteur de Gaspé que ces deux espèces abondent. Et ce n’est pas moins d’un millier de dauphins à flancs blancs qui est dénombré par Richard Sears et son équipe au MICS! Ces secteurs sont sans doute riches en poisson tels les lançons et les capelans, des proies de premier choix pour ces cétacés.

     

     

     

    Dans le secteur du parc marin, les poissons fourmillent et les petits rorquals s’en remplissent la panse offrant ainsi un spectacle magnifique à ceux qui les observent.

    Petit rorqual en alimentation © Gundula Friese

    Un capitaine raconte : « Les petits rorquals sont en folie! Ils sont plusieurs à s’alimenter dans la baie des anémones et les marsouins sont également vus en grand nombre! » Il en est de même à l’embouchure du Saguenay. Le 11 septembre, pendant près de 1 h 30, un petit rorqual s’alimente vigoureusement près de la surface de l’eau au grand plaisir des témoins.  On y voit un ventre tendu, des nageoires pectorales et une queue à la surface de l’eau, le tout dans un élan rapide de l’animal. Aussi dans ce secteur, les bélugas sont bien présents et bon nombre de jeunes gris composent les troupeaux. « On les observe rasant les rochers », mentionne une naturaliste du GREMM travaillant au site d’observation de Pointe-Noire. Elle ajoute : « nous pensons même avoir entendu des sons tant ils étaient proches ».

    Rorqual commun © Mathieu Marzelière

    Les grands rorquals, eux, fréquentent davantage la portion aval du parc marin ces jours-ci, soit au large des Escoumins et des Bergeronnes. Il y a certainement des agrégats de zooplancton dans cette zone. Des rorquals communs sont reconnus, notamment Piton, Trou, Bp033, la femelle Caïman et son jeune, ainsi qu’un individu à la queue abimée surnommé « Moignon » par les capitaines. Cet individu, à la physionomie particulière, lève la queue pour s’aider à se propulser lors de la plongée, ce qui est rare chez cette espèce surnommée «le lévrier des mers » en référence à sa rapidité et sa souplesse. Cet individu visiblement blessé par le passé – une collision peut-être – s’est adapté à cet handicap en modifiant son mode de déplacement.

    Bad Chemistry © Mathieu Marzelière

    La femelle rorqual à bosse Bad Chemistry et son jeune sont aussi vus au large de la pointe à Carriole. Le 11 septembre, au large du quai des pilotes aux Escoumins, quelques visiteurs admirent leurs sauts simultanés ainsi que des claquements de nageoires pectorales à la surface de l’eau. A Gaspé aussi les rorquals à bosse s’adonnent à ces comportements spectaculaires et les rorquals communs s’alimentent en surface.

     

    Le rorqual bleu, lui, ne mange qu’un seul type de proie : du krill. La présence de cette baleine dans nos eaux est ainsi largement conditionnée par cette proie. Cette semaine, aucun rorqual bleu n’a été aperçu au large de Gaspé ou dans le parc marin. Sans doute leur mets de prédilection, le krill, abonde ailleurs. La plus grande concentration rapportée provient de Mingan où 6 individus ont été remarqués.

    La localisation des proies est très changeante et dépend de nombreux facteurs océaniques et climatiques tels les courants, l’amplitude de marée ou la force des vents de surface. Le golfe du Saint-Laurent est un milieu très dynamique et le mouvement des baleines l’été est donc bien imprévisible. Ce sont des découvertes au jour le jour que font nos fidèles observateurs. La patience et la chance sont nos meilleures alliées pour parvenir à contempler ces gigantesques et majestueux animaux !


    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.

     

     


     

    Sonia Villalon s’est jointe au GREMM en 2015. D’abord attirée sur les rives du Saint-Laurent par son intérêt pour les oiseaux, elle se découvre une nouvelle passion pour les mammifères marins qui la pousse alors à poser ses valises à Tadoussac. Diplômée d’une maitrise en biologie de la conservation, elle entre dans l’équipe comme naturaliste. Elle est aujourd’hui chef-naturaliste et continue son travail de vulgarisation auprès du public.