La baleine noire de l’Atlantique Nord fait couler de l’encre : que se passe-t-il?

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    Une baleine noire en alimentation © CP/HO-Moe Brown
    27 / 04 / 2017 Par Béatrice Riché - / / /

    Ces derniers mois, la baleine noire de l’Atlantique Nord fait considérablement parler d’elle. Un nombre sans précédent de baleines dans la baie de Cape Cod ces dernières semaines et un nombre anormalement bas de nouveau-nés observés cet hiver au large de la Géorgie et de la Floride suscitent l’étonnement et soulèvent maintes questions parmi les chercheurs et le public.

    La population mondiale de baleines noires est estimée à environ 500 individus. Depuis 1980, elle est considérée « en voie de disparition » par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Le 14 avril dernier, 217 baleines noires sont observées dans la baie de Cape Cod lors d’un inventaire aérien. C’est un nombre record de baleines noires observées en une seule journée! Les chercheurs du Center for Coastal Studies à Provincetown sont emballés, car c’est une occasion exceptionnelle de les photo-identifier et de faire une analyse de leur état de santé. Les chercheurs tentent aussi de comprendre ce qui amène un tel rassemblement. Ils soupçonnent que ce soit lié à une abondance de zooplancton, la nourriture des baleines noires. Le 14 avril, la concentration de zooplancton dans la baie atteint jusqu’à 72 000 organismes par mètre cube d’eau: du jamais-vu au cours des 32 dernières années!

    Ce nombre sans précédent de baleines noires dans la baie de Cape Cod est-il un signe du rétablissement de la population? Malheureusement, non. Les chercheurs croient plutôt que la situation des baleines noires s’assombrit. Le nombre de nouveau-nés observés cette année dans l’aire de mise bas hivernale des baleines noires, au large de la Géorgie et de la Floride, est le plus faible en 17 ans. Seulement quatre nouveau-nés ont été observés lors des inventaires aériens, alors que la moyenne annuelle est de 17. Une mauvaise année ne signifie pas nécessairement des problèmes de reproduction pour la population, puisque le nombre de naissances peut fluctuer considérablement d’une année à l’autre, mais les chercheurs ont observé un nombre de nouveau-nés inférieur à la moyenne chaque saison depuis 2012. Depuis 2010, le taux de vêlage a diminué de près de 40 %. Pourquoi? Les chercheurs pensent que les prises accidentelles dans les engins de pêche et une migration plus longue pour trouver de la nourriture pourraient être en cause.

    En 2015, 83 % de toutes les baleines noires présentaient des cicatrices ou trainaient du cordage, démontrant qu’elles se sont déjà retrouvées prises dans du matériel de pêche à un moment donné. Les prises accidentelles sont la principale cause de mortalité des baleines noires. Quant aux empêtrements qui ne causent pas la mort, ils peuvent nuire à la reproduction et entrainer une détérioration de l’état de santé d’une baleine longtemps après l’évènement.

    Selon certains chercheurs, le déclin des naissances pourrait aussi s’expliquer par la plus longue migration d’un nombre croissant d’individus de leur aire de mise bas hivernale jusqu’à la baie de Cape Cod au printemps puis jusqu’au Saint-Laurent l’été. Au cours des cinq dernières années, moins de baleines noires ont été observées durant la saison estivale dans les aires traditionnelles d’alimentation entre la Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-Écosse. Y aurait-il une diminution de l’abondance de la nourriture des baleines noires dans ces aires d’alimentation? En revanche, de plus en plus de baleines noires sont observées pendant l’été dans le Saint-Laurent, notamment au large de Percé, aux iles de la Madeleine, dans la baie des Chaleurs, en Basse-Côte-Nord, ainsi que dans l’estuaire. L’augmentation du nombre d’observations est-elle proportionnelle à une augmentation du nombre de baleines noires dans le Saint-Laurent? Et si les baleines dépensent plus d’énergie à se déplacer à la recherche de nourriture, leur en reste-t-il moins pour la reproduction? Des chercheurs de Pêches et Océans Canada, de l’Université Dalhousie et de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique suivent les baleines noires depuis cinq ans et tentent de répondre à ces nombreuses questions.

    Une étude publiée ces dernières semaines suggère une façon — qui ne fait pas l’affaire de tous! – de réduire substantiellement le risque que les baleines noires se retrouvent prises dans du matériel de pêche en territoire canadien. Vous en apprendrez davantage dans notre prochain article sur les baleines noires, qui sera publié la semaine prochaine sur Baleines en direct!

     

    Sources :

    Researchers study whales and the food they eat (Cape Cod Times, 21/04/2017)

    206 individual right whales spotted in Cape Cod Bay yesterday (Cape Cod Today, 15/04/2017)

    Endangered right whales deliver fewest births in 17 years (The Seattle Times, 12/04/2017)

    Recent scientific publications cast doubt on North Atlantic right whale future (Frontiers in Marine Science, 17/08/2016)

    La situation des baleines noires dans l’Atlantique Nord s’assombrit (Radio-Canada, 01/09/2016)

    Une étude « sans précédent » au sujet des baleines noires de l’Atlantique (Radio-Canada, 17/05/2016)

     

    Pour les dernières nouvelles des baleines noires dans la baie de Cape Cod:

    Page Facebook du Center for Coastal Studies

     

    Pour en savoir plus:

    Sur Baleines en direct:

    La baleine noire

    Des baleines noires dans les eaux du golfe

    Que tirer des observations et des mortalités de baleines noires de l’Atlantique Nord au cours de la saison 2015?

     


    Béatrice Riché est rédactrice pour le GREMM depuis 2016. Elle détient une maitrise (M. Sc.) en environnement et elle a travaillé plusieurs années à l’étranger sur la conservation des ressources naturelles, les espèces en péril et les changements climatiques. Habitant sur les rives du Saint-Laurent, qu’elle arpente tous les jours, elle écrit des histoires de baleines, inspirée par tout ce qui se passe ici et ailleurs.