Jeune phoque sur les berges : ne pas déranger !

  • Les mois de mai et juin sont la période des naissances chez les phoques communs. © Nicole Murray
    16 / 05 / 2017 Par Josiane Cabana

    Les mois de mai et juin sont la période des naissances chez les phoques communs. Chaque année, le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins traite une vingtaine d’appels pour un jeune phoque échoué vivant sur les berges du Saint-Laurent ; la situation peut sembler alarmante et les riverains souhaitent aider l’animal. Que faire ? Rien : laisser l’animal seul et ne pas intervenir.

    Les phoques communs vont donner naissance dans les prochaines semaines et la femelle allaite pendant 4 à 6 semaines (de mai jusqu’au début juillet). Il est fréquent durant cette période d’observer les chiots momentanément seuls sur la plage pendant que la femelle va s’alimenter au large. Les petits phoques peuvent « crier » après leur mère ; ils sont alors confondus avec des animaux en difficulté.

    Le sevrage chez ces mammifères se produit de la mi-juin à la fin juillet. Afin de concentrer leur énergie à la croissance et à la régulation de leur température, les petits se reposent fréquemment hors de l’eau, parfois sur des plages achalandées. Ils peuvent y rester quelques heures voire des jours, mais ne doivent pas être vus comme des animaux abandonnés. Ils sont pour la plupart du temps inconscients des différents dangers qui les guettent et ne fuient pas à l’approche d’un humain.

    Urgences Mammifères Marins demande aux riverains de respecter la nature et de ne pas intervenir auprès des jeunes phoques.

     Les signes qui indiquent que le phoque est dérangé :

    Les phoques sont des animaux sauvages et peuvent être agressifs, mordre et transmettre des maladies. Soyez attentifs aux signes! © Jean-Pierre Desroches

    Les phoques sont des animaux sauvages et peuvent être agressifs, mordre et transmettre des maladies. Soyez attentifs aux signes! © Jean-Pierre Desroches

    Si votre présence provoque ces comportements chez un phoque, c’est signe qu’il est dérangé par votre présence :

    –  le phoque retourne à la mer alors qu’il était allongé en train de se reposer ;

    –  augmentation des grognements, des sons et des vocalises émis par le phoque ;

    –  le phoque quitte sa position de repos pour lever sa tête et suivre vos déplacements.

    Que faire si vous voyez un jeune phoque sur la plage?

    Vous croisez un phoque sur la plage et vous souhaitez aider. Voici le comportement à adopter.

     – Ne manipulez pas le phoque, ne tentez pas de le nourrir, de le forcer à retourner à l’eau ou d’interagir avec lui de quelconque façon ; il est illégal d’importuner un mammifère marin.

    Les phoques sont protégés par le Règlement sur les mammifères marins qui interdit à quiconque d’importuner un mammifère marin. Lui donner de la nourriture (lait, poisson ou tout autre aliment) lui nuira davantage.

    –  Soyez conscients qu’il s’agit d’animaux sauvages qui sont imprévisibles et qui peuvent devenir agressifs et mordre.

    Même s’ils ont souvent l’air inoffensifs, sont petits et sont généralement attendrissants, les phoques ont des dents et peuvent devenir agressifs pour se défendre.

    – Gardez vos distances (au moins 50 m) puis idéalement, quittez le secteur.

    Un jeune phoque commun a été harcelé pendant plusieurs jours sur la plage de Cap-aux-Os en Gaspésie l'été dernier, malgré les efforts de sensibilisation. L'animal est mort, probablement parce que les liens avec sa mère avaient été coupés. © Marie-Claude Rancourt, bénévole pour Urgences Mammifères Marins

    Un jeune phoque commun a été harcelé pendant plusieurs jours sur la plage de Cap-aux-Os en Gaspésie l’été dernier, malgré les efforts de sensibilisation. L’animal est mort, probablement parce que les liens avec sa mère avaient été coupés. © Marie-Claude Rancourt, bénévole pour Urgences Mammifères Marins

    Si un phoque est constamment approché, il n’aura pas la possibilité de se reposer. Des interactions répétées auprès de l’animal stresseront le phoque, l’affaibliront et le rendront plus vulnérable aux maladies et à la prédation. Dans beaucoup de situations, les jeunes phoques ne sont pas en difficulté, mais le deviennent en raison des comportements inappropriés des riverains. « Des interactions répétées avec un phoque peuvent empêcher l’animal de se reposer, et le stress causé par la présence humaine peut le rendre plus vulnérable aux maladies, à la prédation » explique le vétérinaire Stéphane Lair du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages.

    De plus, « il faut éviter de tomber dans le cycle qui mène à l’abandon du jeune : la présence d’humains près du jeune effraie la mère, le phoque laissé à lui-même inquiète les riverains qui tentent de l’aider en le déplaçant ou en le repoussant à l’eau, ce qui réduit considérablement les chances que la femelle revienne» explique le docteur Lair. Un certain pourcentage de jeunes phoques meurt chaque année : c’est naturel. Les chances de survie de l’animal augmentent s’il est laissé en paix.

    – Tenez les chiens en laisse

    Un chien se promenant librement risque de s’approcher du phoque, ce qui augmentera son stress et provoquera des réactions d’agressivité qui pourrait blesser votre animal de compagnie.

    Quand appeler Urgences Mammifères Marins au 1-877-7baleine?

    La vie des phoques est partagée entre la mer et la terre, où ils se reposent. Il est donc normal de voir un phoque seul hors de l’eau. Même dans la région fluviale, la présence de ces animaux n’est pas problématique ; leur aire de distribution est vaste, les populations sont nombreuses, et plusieurs individus, particulièrement les jeunes, sont curieux et s’aventurent à l’extérieur de leur aire habituelle.

    Certaines situations sont toutefois problématiques et doivent être signalées :

    – Si vous voyez un phoque avec des signes évidents de blessures ;

    – Si des gens manipulent ou tentent d’interagir avec le phoque ;

    – Si le phoque manifeste des comportements d’agressivité envers le public.

     Avec une description détaillée de la situation et l’aide d’un bénévole, l’équipe du Centre d’appels pourra demander la collaboration des intervenants pour faire respecter la loi qui interdit de manipuler un mammifère marin et pour assurer la sécurité du public. Un vétérinaire pourrait aussi évaluer l’état de santé de l’animal.


    Josiane Cabana est directrice du Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins. Entre les cas de mammifères marins morts ou en difficulté auxquels elle répond, elle aime prendre le temps de sensibiliser les riverains aux menaces qui pèsent sur ces animaux. Biologiste de formation, elle s’implique au sein du GREMM depuis plus de 15 ans, toujours avec la même passion!