Groupés ou solitaires ?

  • Rorquals communs
    © GREMM
    30 / 08 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    « Des marsouins communs partout et tous les jours », mentionne une collaboratrice de Franquelin. Ces cétacés, longs de 1 à 2 m, sont pratiquement innombrables tant ils sont nombreux et dispersés. À Sept-Îles, le constat est le même en ce qui concerne ces « pourcils ». Dans le secteur du parc marin, les « habituels » groupes de 5 à 10 marsouins sont troqués pour de plus grands troupeaux de centaines d’individus. Plutôt farouches, les marsouins démontrent peu de curiosité envers les bateaux et bondissent rarement hors de l’eau, contrairement aux dauphins avec qui, souvent, on les confond.

    Près de Gaspé, des centaines de dauphins à flancs blancs sont aperçus. En formations serrées, ils nagent par sauts successifs et chevauchent les vagues des bateaux. Les petits rorquals accomplissent à l’occasion ce comportement. Une pilote du Saint-Laurent, au large de Gros cap à l’Aigle, observe un petit rorqual nager dans le sillage de son navire pendant une dizaine de minutes.

    Le 29 aout, des excursionnistes gaspésiens découvrent une multitude de dauphins à flancs blancs au large de Cap-des-Rosiers. Les dauphins chassent des petits poissons près de la surface de l’eau. En alimentation, ils sont souvent associés à des rorquals communs et des rorquals à bosse. Justement, cette journée-là, se trouvent aussi 5 rorquals à bosse, 5 rorquals communs, 25 petits rorquals, une baleine noire de l’Atlantique Nord, des thons rouges et une dizaine de marsouins communs.

    Rorqual bleu au large de Pointe-des-Monts © René Roy

    Rorqual bleu au large de Pointe-des-Monts © René Roy

    Des proies à profusion ainsi, à un endroit particulier attirent en grand nombre les rorquals qui sont plutôt de nature solitaire. Le rorqual bleu, par exemple, est plutôt solitaire et nomade. Il se déplace en paire ou en petits groupes éphémères. Le 26 aout, au large de Pointe-des-Monts, notre collaborateur René Roy et le chercheur de la Station de recherche des Iles Mingan (MICS) David Gaspard dénichent six rorquals bleus réunis. Les géants se rassasient de krill. L’équipage identifie Phoenix et B212 parmi le groupe.

    On observe les rorquals communs seuls, en duo ou en groupes de 3 à 20 individus. La présence de nourriture et les cycles des marées influencent leur comportement et leur dispersion. À Mingan, l’équipe du MICS dénombre 17 rorquals communs en une seule journée, le 27 aout, sans oublier les 15 rorquals à bosse, le rorqual bleu et le petit rorqual aussi vus.

    Tingley et son baleineau © Renaud Pintiaux

    Tingley et son baleineau © Renaud Pintiaux

    Chez les rorquals, le rorqual à bosse serait le plus social. En été, les rassemblements se produisent généralement là où la nourriture foisonne. Depuis quelques semaines déjà, les deux mêmes rorquals à bosse fréquentent assidument la baie de Sept-Îles. Quatre autres individus se trouvent aussi au large de cette région, notamment le mâle H755 et la femelle Tic Tac Toe et son baleineau. D’ailleurs, c’est chez le rorqual à bosse que le lien mère-baleineau chez les rorquals perdurerait le plus longtemps : au-delà d’une année. Dans l’estuaire, la femelle Tingley et son nouveau-né sont reconnus par plusieurs capitaines du parc marin les 29 et 30 aout et par René Roy le 22 aout alors qu’il navigue au large de Colombier. Ce «balayeur d’horizon» distingue également le rorqual bleu Crinckle et le rorqual à bosse H725 lors de cette journée.

    Plusieurs espèces de baleines à dents forment des sociétés complexes où il existe des liens serrés entre les individus. C’est le cas des bélugas qui vivent en groupes variables selon leur âge et leur sexe. Mais quelquefois, des animaux se retrouvent seuls et à cent lieues de chez eux.

    C’est le cas d’un béluga vu seul cette semaine près de Port-Cartier. Presque au même moment, l’équipe du GREMM est aussi avisée de la présence d’un jeune béluga à Pleasant Bay en Nouvelle-Écosse — même secteur où 2 ans plus tôt, un autre béluga solitaire avait été rapporté. Dans les deux cas, Port-Cartier et Pleasant Bay, les animaux ne sont pas sociables et se tiennent éloignés. La situation n’est pas problématique pour l’instant, mais suivie de près. Les bélugas hors secteur développent parfois des comportements sociaux envers les embarcations, ce qui devient très préoccupant pour les risques de collision.

    D’où provient ce béluga de Pleasant Bay? Pour le savoir, les chercheurs utilisent la biopsie ou la photo-identification. L’animal possède une marque appréciable sur son corps, mais il n’a pas été reconnu parmi les individus fichés dans le catalogue des bélugas du Saint-Laurent. Dans le passé, la plupart des bélugas vus aux États-Unis et dans les Maritimes provenaient surtout de la population du Saint-Laurent. En 2015, l’un des trois bélugas observés en «cavale» dans la baie de Narragansett dans l’État du Rhode Island était identifié comme un individu du Saint-Laurent. Parlant des bélugas du Saint-Laurent, les troupeaux défilent à l’embouchure du Saguenay cette semaine, au plus grand bonheur des observateurs installés sur les rochers devant le Centre d’interprétation des mammifères marins à Tadoussac.

    © Wikimedia Commons

    © Wikimedia Commons

    Non pas un troupeau, mais un banc de thons rouges de l’Atlantique est aperçu le 21 aout au large de Cap-des-Rosiers. Les bancs de ces énormes poissons peuvent rassembler des centaines, voire des milliers d’individus. Rapides comme l’éclair, ils poursuivent les bancs de lançons, harengs ou de maquereaux. Grands prédateurs, ils deviennent à leur tour la proie des pêcheurs. Le thon rouge de l’Atlantique est en voie de disparition et sa principale menace demeure la pêche. Le Saint-Laurent est son aire d’alimentation et l’hiver, il retourne se reproduire dans le golfe du Mexique.

    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».