Gros flâneurs et torpilles marines

  • Requin pèlerin © Andrew Parson
    Requin pèlerin © Andrew Parson
    27 / 09 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Le requin pèlerin a été désigné « espèce préoccupante » en novembre 2009. Sa grande vulnérabilité s’explique entre autres par sa reproductivité extrêmement faible et aux risques de mortalités liées à l’homme (prises accidentelles et collisions). © Christian Chenail

    Presque nonchalamment, un requin pèlerin passe tout près de l’embarcation d’un résident de Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Sa haute nageoire dorsale dévoile la carrure de l’animal qui se cache sous la surface. Long de 10 m, il s’agit du deuxième plus grand poisson au monde. On le trouve dans les eaux de toutes les provinces de l’Est canadien. Au Québec, il fréquente le golfe et visite l’estuaire. Il est fréquemment observé au large de la Gaspésie et, cette semaine, on le remarque à Percé, Gaspé et dans la baie des Chaleurs.

    Rorqual bleu © Doc White/ naturepl

    Rorqual bleu © Doc White/ naturepl

    À l’instar des grands rorquals, cet imposant requin s’alimente de myriades de zooplancton : copépodes, crustacés, larves, œufs de poissons, etc. Toutefois, contrairement aux cétacés qui utilisent leurs fanons pour filtrer, le requin pèlerin se sert de ses branchies. Il nage la bouche grande ouverte et ingurgite l’eau au fur et à mesure. L’eau ressort par ses fentes branchiales, qui régénèrent l’oxygène dans le sang, mais les minuscules proies sont alors retenues par ses branchiospines, des « peignes » disposés serrés sur chaque arc branchial. En une heure seulement et en nageant à une vitesse de 4 km/h, un requin pèlerin peut filtrer jusqu’à 1 500 000 litres d’eau! Les rorquals, eux, utilisent l’engouffrement. Le rorqual bleu, par exemple, prend en une bouchée un volume d’eau égal à son propre poids, soit 90 tonnes d’eau. Au bout d’une journée, c’est près d’une tonne de proies qu’il aura avalée.

    D’ailleurs, cinq rorquals bleus sont observés le 25 septembre à l’ouest de l’ile d’Anticosti par l’équipe de la Station de recherche des Iles Mingan (MICS). Au cours de cette même journée, les chercheurs croisent la route d’une quinzaine de rorquals communs et de tout autant de rorquals à bosse.

    Dans la région du parc marin, une naturaliste et une capitaine surprennent des thons rouges en pleines prouesses de haute voltige. D’abord, elles croient à un troupeau de dauphins à flancs blancs : les animaux sont très rapides et lorsqu’ils sautent, leurs flancs pâles rappellent ceux des dauphins. Mais lorsqu’ils reviennent à la charge en s’élançant de nouveau dans les airs à toute vitesse, il n’y a plus de doute sur leur nature ichtyologique : leur queue est verticale et ils n’ont pas d’évent sur la tête. Des thons sont également remarqués à Percé et aux iles de la Madeleine où ils côtoient d’autres torpilles, des dauphins à flancs blancs.

    Saut de cachalot © Tim Melling

    Saut d’un cachalot © Tim Melling

    Les rorquals à bosse sont les experts des acrobaties aériennes. Le 20 septembre, une observatrice à bord du Téléost découvre deux individus qui réalisent l’exploit — imaginez, réussir à sortir 30 tonnes hors de l’eau — dans le secteur entre la baie des Chaleurs et les iles de la Madeleine. Près de là, se trouvent deux baleines noires. Ces baleines peuvent aussi sauter tout comme les petits rorquals et cachalots. Les breachs auraient plusieurs fonctions : la communication, le jeu pour les plus jeunes, la séduction et la défiance pour les mâles pendant la période de reproduction, un moyen de se réunir avant la migration ou encore de se débarrasser des parasites de la peau. Même qu’il semblerait qu’à l’occasion, le requin pèlerin effectue lui aussi des bonds hors de l’eau pour se dégager de rémoras, de lamproies, etc. accrochés à sa peau.

     

    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».