Frénésie de l’été dans le golfe, suivi de la carte des observations!

  • Fous de Bassan sur l'île de Bonaventure © East News/Dipanka Sarma/Solent News
    Fous de Bassan sur l'île de Bonaventure © East News/Dipanka Sarma/Solent News
    09 / 06 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Depuis les hauteurs de l’ile Bonaventure en Gaspésie, un garde-parc aperçoit deux rorquals à bosse le 7 juin. L’un des deux est petit. «Un baleineau», suppose-t-il. La veille, la femelle rorqual à bosse Bad Chemistry est vue accompagnée de son jeune en plein cœur de la baie de Gaspé. Est-ce la même paire qui aurait nagé jusque là ? Possible.

    Aux abords de l’ile, les petits rorquals partagent leur territoire de chasse avec les fous de Bassan. Ceux-ci «dérobent» les poissons, préalablement rassemblés par les baleines, en plongeant rapidement — jusqu’à 100 km/h — dans le banc. Pour réussir cet exploit sans se blesser, le corps de l’oiseau est protégé grâce à une série de sacs aériens situés sous la peau de leur tête et de leur poitrine qui adoucit le choc. Il possède aussi une membrane protectrice sur les yeux et des narines externes secondaires pour éviter l’entrée brusque d’eau ainsi qu’un plumage hydrofuge.

    Le 5 juin, Bad Chemistry est «coiffée» d’une balise sur son dos. Ce sont les équipes de la Station de recherche des Iles Mingan (MICS) et du Sea Mammal Research Unit d’Écosse qui sont derrière le projet. L’objectif: mieux comprendre le comportement de plongée de ces baleines à fanons. L’équipe réussit à «coller» la balise à l’aide d’un système de ventouses. Celle-ci se détache seule en moins de 24 h, flotte et est récupérée pour télécharger les données et la réutiliser pour un autre suivi. Au cours du suivi de Bad Chemistry, les chercheurs observent cette mère et son petit chasser à la surface de l’eau. Le lendemain, les chercheurs déploient à nouveau une balise, mais cette fois-ci sur le dos de Boom Boom River ou BBR. Si cette femelle rorqual à bosse est connue sous ce nom en Gaspésie et à Mingan, on la connait plutôt sous le nom de Gaspar dans l’estuaire. «Gaspar» est le résultat d’un concours organisé lors de son premier séjour dans le parc marin en 2006. Les gens de l’industrie d’observation de la région avaient retenu ce vocable en l’honneur du célèbre gentil fantôme, qu’on aperçoit au bout du lobe droit. Sa dénomination dans le golfe du Saint-Laurent fait plutôt référence aux premières observations faites par le MICS en 2005, non loin de la municipalité de Rivière-au-Tonnerre, surnommée BBR par les intimes.

    L’équipe du MICS a aussi croisé la route d’une dizaine de rorquals à bosse, de quatre rorquals communs et d’un rorqual bleu dans les alentours de la baie de Gaspé au cours des derniers jours. Pour l’autre partie de l’équipe, basée à la station de Longue-Pointe-de-Mingan, les observations commencent tranquillement avec un petit rorqual et quelques marsouins. L’un de leurs collaborateurs de Sept-Îles leur mentionne la présence de cinq rorquals à bosse au large de la côte. À Franquelin, une observatrice surprend une mouvée de dizaines de phoques du Groenland. Que font-ils là? Ne sont-ils pas censés partir vers l’Arctique une fois l’été venu? La plupart oui, mais à l’occasion, de petits groupes font exception à la tendance générale et passent l’été dans le Saint-Laurent à se nourrir de capelans et d’autres petits poissons. Rapides, ils peuvent atteindre des vitesses de 15 à 30 km/h. Parfois, ils bondissent hors de l’eau, ce qui réduit considérablement les dépenses énergétiques, car ils passent moins de temps à combattre la résistance de l’eau.

    Le 7 juin, au lever du soleil, un kayakiste aperçoit un troupeau d’environ 50 à 100 bélugas au large des Bergeronnes. Les animaux sont dispersés, le troupeau s’étend sur un mille marin estime l’observateur. À la Baie–Sainte-Marguerite, des troupeaux de bélugas sont repérés depuis le 2 juin. «Leurs mouvements semblent synchronisés avec les marées», souligne une naturaliste du site. Souvent, les groupes de bélugas «montent» le fiord à marée montante et, à l’inverse, se dirigent vers l’embouchure à marée descendante. Ils s’aident des courants pour se déplacer et économiser ainsi de l’énergie. Si les bélugas ont le physique de l’emploi (corps hydrodynamique, puissante queue, peau lisse et nageoires pectorales stabilisantes) pour se déplacer aisément dans l’eau, ils demeurent, avec leur 7 km/h, les plus lents des odontocètes.

    Finalement, à l’embouchure du Saguenay, les petits rorquals et les oiseaux (mouettes, goélands, cormorans) se côtoient là où les barres de courant se rencontrent. Trois rorquals communs sont aussi près de la Toupie le 7 juin.

    Ça y est, le golfe, tout comme l’estuaire, sont envahis par ces grands prédateurs marins, de retour dans leur garde-manger de prédilection!

    Cliquez sur la queue des baleines pour découvrir l’observation. Vous pouvez agrandir la carte en cliquant sur l’icône du coin supérieur droit.

    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».