Quelle est la fonction des plaques de callosités chez la baleine noire ?

  • © Jean Lemire (archive)
    29 / 06 / 2017 Par Collaboration spéciale - / / / /

    Un texte de Sonia Villalon

    Les callosités des baleines noires sont des plaques irrégulières de tissus épaissis et kératinisés. Ces tissus constituent l’habitat de trois espèces de crustacés amphipodes spécialistes des baleines franches : Cyamis ovalis et Cyamis gracilis, de couleur blanche, sur les callosités normales des individus en santé et, à l’inverse, Cyamis erraticus, de couleur orange, dans les plaies des baleines malades et sur les très jeunes baleines. Ces petits crustacés, aussi appelés poux de baleines, cyamus, cyamidés et cyamides, se nourrissent de la peau des baleines. Incapables de nager et de survivre en eau libre, ils se transmettent d’une baleine à une autre par contact direct.

    © Rowntree, Victoria. 1983. Cyamids: the louse that moored. Whalewatcher: Journal of the American Cetacean Society, Vol 17, pp 14-17.

    Apparaissant aux extrémités du rostre, sur les lèvres inférieures et le menton, sur le dessus des yeux, puis en avant et en arrière de l’évent, les callosités des baleines noires sont congénitales et non causées par l’environnement extérieur puisqu’elles sont déjà présentes chez le fœtus et aux différents stades prénataux. Cependant, elles ne sont pas encore complètement développées à la naissance et elles ne sont pas colonisées par les cyamides avant que les individus soient âgés de plusieurs mois.

    La symbiose entre ces espèces de cyamides et la baleine noire est peu comprise par les chercheurs. Pour qualifier une symbiose, on s’intéresse à l’effet de celle-ci sur les espèces impliquées. Pour les cyamides, l’avantage de cette symbiose est évident puisque ces callosités leur fournissent un habitat et des ressources alimentaires. Si ces cyamides nuisaient à leur hôte, on parlerait alors de parasitisme. Si elles n’avaient aucun effet sur leur hôte, on parlerait alors de commensalisme. Enfin, si elles procuraient un avantage à leur hôte, on parlerait de mutualisme.

    Puisque ces callosités sont congénitales, les chercheurs s’interrogent sur l’avantage sélectif que pourrait procurer la présence de cyamides sur les baleines franches. Certains pensent qu’elles pourraient être impliquées dans la stratégie de reproduction de l’espèce. On sait que les mâles ont une plus grande proportion de callosités que les femelles. Puis, des mâles ont déjà été observés s’éraflant les uns les autres grâce à ces callosités. Elles pourraient donc être utilisées par les mâles lors de combats pour l’accès aux femelles. Cependant, cette hypothèse ne fait pas l’unanimité, car les femelles sont elles aussi dotées de callosités. C’est pourquoi certains chercheurs pensent plutôt qu’il s’agirait d’un moyen de défense optionnel contre les prédateurs pour les individus des deux sexes.

    À l’heure actuelle, faute de pouvoir mettre en évidence un éventuel effet positif ou négatif de cette symbiose, les cyamides sont considérés comme des commensaux, c’est-à-dire qu’ils tirent un avantage de cette symbiose sans affaiblir ou nuire à leur hôte. Finalement, la fonction des callosités sur les baleines noires demeure un mystère.

    Remarque : La forme, la taille et la place de ces callosités sont propres à chaque individu et constituent par conséquent une empreinte digitale permettant aux chercheurs de les photo-identifier.

    On voit bien les callosités sur cette photo d’une baleine noire © André Desrochers

    Sources

    William F. Perrin, Bernd Würsig and J.G.M. Thewissen (2009), Encyclopedia of Marine Mammals (Second Edition), (ISBN: 978-0-12-373553-9) page 965.

    Payne R, Brazier O, Dorsey E, Perkins J, Rowntree V, Titus A (1983) External features in southern right whales (Eubalaena australis) and their use in identifying individuals. In: Payne R (ed) Communication and behaviour of whales. Westview Press, Boulder, pp 371–445

    La baleine noire, sur Baleines en direct

     

     

     

     

     


    Sonia Villalon s’est jointe au GREMM en 2015. D’abord attirée sur les rives du Saint-Laurent par son intérêt pour les oiseaux, elle se découvre une nouvelle passion pour les mammifères marins qui la pousse alors à poser ses valises à Tadoussac. Diplômée d’une maitrise en biologie de la conservation, elle entre dans l’équipe comme naturaliste. Elle est aujourd’hui chef-naturaliste et continue son travail de vulgarisation auprès du public.