Est-ce que les mammifères marins peuvent attraper nos maladies?

  • 13 / 03 / 2014 Par Marie-Sophie Giroux - /

    Oui, les humains peuvent transmettre leurs maladies ou celles de leurs animaux domestiques aux baleines, que ce soit par le rejet d’eaux usées dans les cours d’eau et les eaux côtières, par la pollution agricole, par la réintroduction d’animaux ayant séjourné en captivité, etc. Et selon une étude récemment parue, les mammifères marins sembleraient être de plus en plus victimes de maladies frappant habituellement les animaux domestiques et ce, aux quatre coins du monde. Parasites, champignons, virus et bactéries passeraient plus facilement de la terre à la mer et ce, grâce aux activités humaines et à l’assèchement des zones humides, zones ayant pour rôle celui de filtre naturel.

    La pollution chimique, qui voyage à travers le réseau alimentaire, peut diminuer l’efficacité du système immunitaire des mammifères marins. Ils deviennent alors plus susceptibles aux infections virales, bactériennes ou parasitaires. Puis, l’être humain peut introduire accidentellement des agents pathogènes dans le milieu marin. Le ruissellement des eaux agricoles et le déversement de déchets humains non-traités ou traités de façon inefficace peuvent introduire des agents pathogènes comme Giardia chez plusieurs espèces de phoques, dont les phoques communs de l’est du Canada, Cryptosporidium ou Toxoplasma gondii (un parasite retrouvé souvent chez le chat) retrouvés dans des lamantins, pinnipèdes, dauphins et bélugas. D’autres agents pathogènes peuvent également être transmis lors de l’introduction d’animaux exotiques ou de la réhabilitation de mammifères marins ayant vécu en captivité.

    Puis, le réchauffement climatique et la fonte accélérée des glaces auraient aussi une incidence sur les mammifères marins en Arctique. En effet, le couvert de glace constitue une barrière naturelle qui séquestre les pathogènes des écosystèmes marins polaires. Sa disparition favorise la circulation des pathogènes entre les régions froides et plus chaudes, qui trouvent ainsi de nouveaux hôtes comme c’est le cas de Toxoplasma gondii chez les bélugas de la mer de Beaufort ( Un parasite terrestre se loge chez les bélugas de l’Arctique ).

    Aussi la fonte des glace libère des parasites séquestrés dans les glaces comme c’est le cas avec le parasite Sarcocystis pinnipedi, ayant provoqué une mortalité étendue chez des phoques gris, des otaries, des morses et des ours polaires et ce, jusque dans le sud de la Colombie-Britannique

    Ce qui inquiète les chercheurs, c’est que normalement, les mammifères marins ne sont pas exposés à ces agents pathogènes, et l’infection de quelques animaux risquerait de dégénérer en une épidémie. Dans le cas du béluga du Saint-Laurent, cette situation est particulièrement alarmante puisque cette petite population menacée a une faible diversité génétique, ce qui pourrait affecter sa capacité à s’adapter à de nouveaux agents pathogènes.

    À l’inverse, les baleines peuvent aussi transmettre des micro-organismes ou des parasites à l’humain comme les Brucella marines et le Poxvirus. Les communautés autochtones, qui consomment la chair de mammifères marins, sont plus susceptibles de contracter ces agents pathogènes. À l’automne 2011, un avertissement a été lancé aux communautés autochtones de l’Alaska, du Canada et de la Russie consommant les phoques annelés, car une maladie mystérieuse semble affecter ces phoques, atteints entre autres de lésions cutanées et de léthargie. Un groupe international de chercheurs continue à faire des tests sur un large éventail de facteurs possibles : bactérie, virus, champignon, agents toxiques.