Du mouvement dans le Saint-Laurent

  • Tortue luth / Leatherback turtle © Roger Le Guen (Creative Commons, Flickr)
    06 / 09 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    C’est ce qui semble décrire le mieux la saison des baleines jusqu’à maintenant.

    Tingley et son baleineau © Renaud Pintiaux

    Plusieurs rorquals à bosse, possiblement tout autant que les années passées, sont venus faire leur tour dans l’estuaire. Ce qui contraste cet été, c’est la durée de leur incursion; ils arrivent et repartent rapidement. Ce n’est pas inquiétant, au cours d’une même saison, les rorquals à bosse sont très mobiles et peuvent être identifiés dans plusieurs régions: Minganie, Anticosti, Gaspésie et estuaire. C’est le cas de Tic Tac Toe. Tout d’abord reconnue dans l’estuaire à la fin juin, elle a été observée par la suite à Mingan (juillet) et à Sept-Îles (aout). Tout ce chemin parcouru, elle l’a fait en compagnie de son baleineau, lui faisant découvrir les lieux où les proies abondent. Plus récemment, deux rorquals à bosse « familiers » du golfe, Tingley et Bad Chemistry, sont également aperçus dans le parc marin. Ces deux femelles sont aussi accompagnées de leur nouveau-né.

    Chameau, Crinkle, B324, — des rorquals bleus — Gaspar, Siam, — des rorquals à bosse — Trou, « Piton », Bp955, — des rorquals communs – sont parmi les individus fidèles à l’estuaire reconnus cet été. On soupçonne aussi l’arrivée du rorqual commun femelle nommée Caïman. Serait-ce elle vue en compagnie d’un jeune cette semaine? Caïman a été observé dans le parc marin presque tous les étés depuis sa première identification en 1986.

    Dans le golfe du Saint-Laurent, ça bouge tout autant! Christian Ramp, chercheur à la Station de recherche des iles Mingan (MICS), précise que quelques rorquals à bosse, habituellement présents en Basse-Côte-Nord, sont rencontrés cette année plus au sud de leur traditionnel secteur estival. À Sept-Îles, « c’est le retour en force des grands rorquals depuis les trois dernières années », souligne Jacques Gélineau, collaborateur de l’Institut nordique de recherche en environnement et en santé au travail (INREST). Cette semaine, il aperçoit trois rorquals à bosse, un rorqual commun, Bp052, ainsi que quatre petits rorquals. « Les oiseaux s’éloignent du rivage, un signe précurseur de l’automne. Les vents changeront bientôt de direction et si on se fie aux recensements antérieurs, réalisés entre 1997 et 2007 dans cette région du fleuve, nous irons peut-être moins loin au large pour trouver les baleines. Les vents rassembleront les proies plus près des côtes, les baleines à leur suite » précise-t-il. Anik Boileau, directrice du Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI), mentionne la rencontre avec deux rorquals communs cette semaine.

    Poisson lune © Ilse Reijs and Jan-Noud Hutten (Creative Commons, Flickr)

    À Percé, les derniers jours ont été mouvementés! Les petits rorquals fourmillent dans ces eaux survolées des fous de Bassan et quatre requins pèlerins sont repérés dont l’un d’eux filmé. Un excursionniste de là-bas croise aussi la route d’un énorme poisson lune. Ce poisson plat a une physionomie bien particulière. Il possède de grandes nageoires dorsale et anale et il n’a pas de queue.
 Il mesure de 1 à 2 m et peut atteindre le poids d’un béluga, soit environ une tonne.

    Les baleines sont entrées dans la baie de Gaspé dernièrement. Le 4 septembre, des excursionnistes y trouvent 5 petits rorquals, 6 rorquals à bosse, 2 rorquals communs et 20 marsouins. Richard Sears, directeur et fondateur du MICS, présent en Gaspésie pour poursuivre les travaux de recherche sur les rorquals bleus pour mieux comprendre leur route migratoire — son équipe et lui tentent de poser des balises satellites sur ces gigantesques animaux — a repéré depuis la côte entre 10 et 15 rorquals à bosse et entre 15 à 20 rorquals communs entre la baie de Gaspé et l’anse au Griffon.

    Plusieurs thons sont vus dans le golfe cette semaine. L’un d’eux a été surpris par drone tout près d’un rorqual à bosse dans la semaine du 11 aout à Blanc-Sablon. © Andrew White

    Puis, des observations étonnantes ont surpris une équipe de Pêches et Océans Canada en mission à bord du Teleost en plein golfe du Saint-Laurent. Le 31 aout, au sud-est de l’ile d’Anticosti, dans une mer d’huile, l’équipe découvre des globicéphales noirs de l’Atlantique, suivis de rapides thons rouges, d’énormes tortues luth et de requins pèlerins! Les tortues luths, les plus grosses des tortues marines — jusqu’à 2 m de long et un poids jusqu’à 900 kg — sont aussi les plus gros des reptiles. Elles se trouvent dans les eaux du Canada atlantique de juillet jusqu’à la fin d’octobre, les densités les plus élevées sont sur le plateau et le talus néo-écossais, dans le sud du golfe du Saint-Laurent et sur la côte sud de Terre-Neuve. Excellentes plongeuses, elles atteignent des profondeurs de 1 000 mètres et peuvent rester immergées pendant plus d’une heure. Elles se nourrissent presque exclusivement de méduses, des proies aussi très recherchées par les poissons lunes.

    © Renaud Pintiaux

    Autres chasseurs sous-marins hors pair : les petits pingouins. Leurs ailes courtes et arrondies sont parfaitement adaptées pour nager. Ces oiseaux sont des plongeurs accomplis capables d’atteindre une dizaine de mètres de profondeur. Des individus sont remarqués par l’équipe du Téléost le 1er septembre dans la baie de Gaspé. Cette même journée, des marsouins et des petits rorquals se trouvent près du bateau dans une forte houle.

    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».