Des retardateurs de flamme dans les baleines du Saint-Laurent

  • Biopsie © Mériscope
    Biopsie © Mériscope
    14 / 07 / 2016 Par Équipe du Mériscope - /
    L'équipe du Mériscope © Mériscope

    L’équipe du Mériscope © Mériscope

    L’équipe du Mériscope est fébrile. C’est le début de la 2e saison d’une campagne d’échantillonnage de biopsies dans le parc marin et l’estuaire du Saint-Laurent, aussi loin que les petits rorquals entraineront l’équipe sur le terrain. Ces biopsies nous permettront d’en savoir davantage sur l’accumulation et les effets des retardateurs de flamme halogénés (RFH) chez les bélugas et les petits rorquals du Saint-Laurent.

    Les retardateurs de flamme

    Les retardateurs de flamme, comme leur nom l’indique, sont ajoutés à de nombreux produits de consommation courante pour retarder leur inflammabilité et ainsi réduire les risques d’incendie. Ils sont ajoutés à de nombreux matériaux et peuvent être retrouvés dans de multiples articles : meubles rembourrés, textiles, mousses polyuréthanes, moquettes, sièges d’automobiles ou d’avions, composants électroniques, plastiques, etc. Cependant, les RFH ne sont pas chimiquement liés à ces matériaux et peuvent être libérés dans l‘environnement.

    Les polybromodiphényléthers (PBDE) représentent une des familles de RFH qui a été la plus abondamment utilisée en Amérique du Nord depuis les années 1970. Les PBDE s’accumulent tout au long de la chaîne alimentaire et peuvent se retrouver à des concentrations très élevées chez les mammifères marins du Saint-Laurent, notamment chez les bélugas qui résident toute l’année dans les eaux du fleuve. Plusieurs études scientifiques ont démontré chez des espèces animales que les PBDE pouvaient avoir un impact sur le système hormonal, la croissance, la reproduction, le comportement et le développement.

    Les PBDE ont récemment été interdits d’utilisation au Canada. Ce processus de régulation qui avait commencé en 2006 a entrainé la production et l’utilisation par l’industrie chimique de retardateurs de flamme substituts, dits « émergents ». Très peu d’informations sont disponibles sur les quantités utilisées, l’accumulation dans l’environnement et surtout la toxicité de ces nouveaux contaminants.

    La campagne de biopsies dans le Saint-Laurent

    La campagne de biopsies, qui a commencé le 5 juillet et durera jusqu’au début octobre, est réalisée dans le cadre du projet de recherche d’Antoine Simond, doctorant en biologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), dirigé par Jonathan Verreault du Centre de recherche en toxicologie de l’environnement (TOXEN) de l’UQÀM et Magali Houde d’Environnement et Changement Climatique Canada. Dany Zbinden accueille Antoine à bord des zodiacs du Mériscope afin de prélever des biopsies de petits rorquals. Cette technique de prélèvement permet d’obtenir de précieux échantillons pour les chercheurs, tout en impactant le moins possible la santé et l’état de stress des animaux, qui par la suite cicatrisent rapidement. Le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) participe également à ce projet en prélevant des biopsies de peau et de gras sur les bélugas du Saint-Laurent. Les échantillons récoltés par le Mériscope et le GREMM permettront par la suite d’étudier les effets des RFH sur la santé de ces populations.

    Biopsies © Mériscope

    Biopsies © Mériscope

    Des premiers résultats

    Grâce à la collaboration de Véronique Lesage (Pêches et Océans Canada), des échantillons de peau et de gras de petits rorquals et de bélugas échoués sur les rives du Saint-Laurent ainsi que de bélugas de l’Arctique québécois (Nunavik) ont déjà été analysés. Dans un premier temps, de nombreux PBDE ainsi que six RFH émergents ont été détectés chez ces individus. Dans l’ensemble, les bélugas du Saint-Laurent étaient les plus contaminés.

    Espérons que les constats de cette recherche contribueront à influencer les décideurs politiques sur la gestion de ces polluants chimiques et sur les mesures à prendre pour protéger notre Saint-Laurent.

    Pour plus d’information sur ce projet de recherche, vous pouvez visionner la vidéo d’Antoine « Mon doctorat pour les nuls », réalisée dans le cadre du concours de vulgarisation scientifique du Chapitre Saint-Laurent 2016: