Des petits rorquals appréciés et des phoques d’hiver en plein été… suivi de la carte des observations!

  • À la tête du chenal Laurentien © GREMM
    21 / 06 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    «Une chance qu’ils sont là !», soulignent plusieurs capitaines et naturalistes du secteur Tadoussac-Les Escoumins en faisant référence aux nombreux petits rorquals et à l’absence de grands rorquals (rorquals communs, rorquals à bosse et rorquals bleus) des dernières semaines.

    Petit rorqual la panse pleine © Jacques Larivée

    Petit rorqual la panse pleine © Jacques Larivée

    Grands rorquals ou non, les petits rorquals sont fabuleux à observer, particulièrement lorsqu’ils chassent. Que ce soit les falaises sous-marines, les barres de courant ou parfois même les embarcations, ils s’adaptent à leur environnement et l’utilisent pour piéger les poissons.

    Les rorquals sont des «engouffreurs», c’est-à-dire qu’ils avalent une grande quantité d’eau et de proies à la fois, pour ensuite rejeter l’eau et avaler la nourriture. Grâce à leurs sillons ventraux, la gorge s’étire comme un accordéon pour faire entrer un maximum d’eau dans la bouche. Leurs sillons pourraient même augmenter jusqu’à 162% dans la circonférence de la cavité de la bouche et jusqu’à 38% dans la longueur lors de la manœuvre d’engouffrement!

    Quatre petits rorquals se sustentent dans la baie de Tadoussac le 18 juin. Friands de petits poissons (capelans, harengs), on soupçonne que ça frétille sous la surface de l’eau! La même journée, au quai de Baie-des-Sables en Gaspésie, un observateur découvre trois petits rorquals en plein festin. Le 20 juin, un souffle droit et haut lui fait penser qu’un rorqual commun est au large. Deux rorquals communs sont aussi aperçus à Tadoussac le 20 juin.

    À Sept-Îles, les grands souffles distingués sont bel et bien ceux de grands rorquals. Anik Boileau du Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI) mentionne la présence de dix rorquals communs, cinq rorquals à bosse et une dizaine de marsouins. Les photos de ses sorties sont d’ailleurs disponibles sur la page Facebook de l’organisme.

    À Gaspé, la brume et le vent contraignent les excursionnistes à rester dans la baie depuis près d’une semaine. Néanmoins, ils y découvrent un petit rorqual, deux rorquals communs et six rorquals à bosse dont les connus Bolt et Pseudo.

    Baleine noire juvénile qui ouvre la gueule pour s'alimenter © Georgia DNR, NOAA Permit #15488.

    Baleine noire juvénile qui ouvre la gueule pour s’alimenter © Georgia DNR, NOAA Permit #15488.

    En plein golfe du Saint-Laurent, au-dessus du chenal Laurentien, plus exactement entre les iles de la Madeleine et l’ile d’Anticosti, une équipe de Pêches et Océans Canada en mission à bord du Teleost découvre six baleines noires le 15 juin. Deux rorquals communs se trouvent également non loin de là. Les baleines s’alimentent près de la surface de l’eau. Contrairement aux rorquals communs, les baleines noires n’engouffrent pas. Elles nagent la gueule grande ouverte et filtrent l’eau à mesure, avec l’aide de leurs longs fanons de 3 m, capturant ainsi du zooplancton tels de minuscules crustacés appelés copépodes ou du krill. Ces globe-trotters arrivent d’une longue migration depuis les eaux côtières de la Géorgie ou de la Floride.

    © GREMM

    © GREMM

    Autres migrateurs remarquables, les phoques du Groenland sont capables de parcourir des distances impressionnantes — jusqu’à 8000 km ! — et ils surprennent plusieurs observateurs de l’estuaire par leur grande présence en plein été ! La majorité des individus repartent vers le Nord, mais des centaines restent dans le Saint-Laurent pour la belle saison. Ce n’est pas inhabituel pour cette espèce, reconnue comme «vagabonde», car elle est vue en dehors de sa distribution traditionnelle, sur la côte est américaine, en Angleterre, en Allemagne, en France et même en Espagne.


    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».