Des moments gravés dans les mémoires

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    04 / 10 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    «Extraordinaire», s’exclame une collaboratrice de Franquelin en reluquant un petit rorqual se ruer dans les airs. Il réitère le manège à quatre reprises. Chaque fois, il retombe sur le dos dans un bruit assourdissant. Les petits rorquals sont les plus «acrobates» des rorquals en termes de sauts à répétition et parce qu’ils exhibent complètement le corps, du rostre à la queue. Le son créé par le poids du corps sur l’eau est audible à des centaines de mètres sous l’eau. L’une des hypothèses à ces sauts réalisés dans les aires d’alimentation est que les poissons se grouperaient densément sous l’effet du vacarme et seraient plus faciles à happer.

    «Captivant», souligne Jacques Gélineau de l’Institut nordique de recherche en environnement et en santé au travail (INREST) de Sept-Îles en découvrant deux rorquals communs nager à plein régime — ces « lévriers des mers » sont capables d’atteindre une célérité de 40 km/h — le devant de leur corps sortant plus qu’à l’ordinaire de l’eau et l’expiration étant plus forte et retentissante que jamais; un moment qu’il a vécu au large de Sept-Îles le 29 septembre. Ce comportement chez le rorqual commun est peu connu. Il a été noté à quelques reprises dans le passé par l’équipe du GREMM et deux semaines plus tôt, une naturaliste observait une conduite similaire de la part de deux rorquals communs entre Les Escoumins et Tadoussac. Les animaux ont même sauté à ce moment-là, révélant la moitié de leur corps.

    Interactions entre deux rorquals bleus © Doc White

    Interactions entre deux rorquals bleus © Doc White

    Ces agissements rappellent en quelque sorte les « rumbas » des rorquals bleus décrites par l’équipe de la Station de recherche des Iles Mingan (MICS). À l’automne, les rorquals bleus s’associent plus fréquemment. Ces paires perdurent plus d’une journée, jusqu’à des semaines entières. D’après un suivi de biopsie du MICS, il s’agit souvent d’un duo mâle-femelle. La formation de ces paires pourrait être un signe précurseur de la reproduction. Parfois, un deuxième mâle se joint au duo et les trois individus participent à ce que l’on appelle une rumba; la femelle nage à l’avant et les deux mâles compétitionnent pour être le plus proche d’elle. Après une course, qui peut durer plusieurs heures, un des mâles abandonne et l’autre devient l’escorte de la femelle. Est-ce que ces paires aboutissent réellement à une reproduction? Une question difficile à répondre!

    «Des visages connus», nous annoncent les observateurs. Cette semaine, le rorqual bleu B306 est identifié à Sept-Îles et le rorqual bleu Chameau à Longue-Rive. Les rorquals à bosse Bad Chemistry et Tic Tac Toe, accompagnés de leur nouveau-né, sont croisés dans l’estuaire, près des Escoumins ainsi que le mâle Maki (H714). À Gaspé, le rorqual à bosse H782 est aperçu.

    Dauphins © Flickr

    © Flickr

    «Pour finir ma mission en beauté», écrit une membre de l’équipe de Pêches et Océans Canada à bord du Teleost en plein cœur du golfe du Saint-Laurent, «quoi de mieux que des dauphins à flancs blancs qui surfent à l’avant du bateau»! Ces dauphins utilisent la force de la vague d’étrave pour se propulser. Les individus dominants se positionneraient même aux endroits les plus favorables. Ils «survolent» également les rouleaux océaniques et harcèlent les grands cétacés — rorquals et cachalots — jusqu’à ce qu’ils accélèrent, créant une vague sur laquelle ils peuvent nager.

    «Inattendu» est le mot qui décrit l’observation d’une naturaliste du site de Pointe-Noire à Baie-Sainte-Catherine qui découvrait un narval — une espèce mythique du Grand Nord — parmi des bélugas adultes et jeunes à l’embouchure du Saguenay le 30 septembre. Selon la témoin, la « robe » brune du narval détonne des teintes habituelles, blanches et grises, des bélugas. Quelques jours plus tôt, près du phare du haut-fond Prince, une naturaliste en mer prend une photo qui permet d’identifier le narval, le même animal rencontré plus tôt cet été et la saison passée.

    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».