Baleine noire de l’Atlantique Nord

 

La baleine noire de l’Atlantique Nord a été inscrite à la liste de la Loi sur les espèces en péril en 2005. Une équipe d’experts, chapeauté par Pêches et Océans Canada, a élaboré le présent programme de rétablissement, à la lumière des connaissances actuelles et fondé sur le plan de rétablissement de la baleine noire (WWF/MPO, 2000). Le rétablissement de la baleine noire de l’Atlantique Nord nécessitera une collaboration et une coopération internationales.

© Jean Lemire

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Télécharger le programme complet, publié en 2009

Ce qui suit est le résumé préparé par Baleines en direct.

Facteurs limitatifs

Les baleines noires sont typiques des espèces qui vivent longtemps, atteignent la maturité tard et produisent des petits moins nombreux mais plus gros. La longue durée de génération et le faible taux de reproduction annuel exposent l’espèce à un accroissement de la mortalité. De plus, la faible diversité génétique observée chez cette population nuit à son succès reproducteur.

Menaces

La chasse commerciale à la baleine noire, qui débuta en Amérique du Nord avec l’arrivée des Basques au XVIe siècle et se termina dans les années 1930, est responsable de la décimation, au seuil de l’extinction, de cette espèce. Bien qu’il n’y ait aujourd’hui plus de pression de chasse sur cette espèce, d’autres menaces pèsent contre elle :

Objectifs de rétablissement

En raison de l’absence de données exactes sur l’abondance passée, il n’est pas possible de fixer une cible à long terme. Toutefois, à la lumière des connaissances actuelles sur la situation et les tendances de la population, il est possible d’établir des cibles provisoires. Le but de rétablissement provisoire est donc celui d’atteindre « une tendance à la hausse de l’abondance sur trois générations », soit une période minimale d’environ 60 ans.

Voici les sept objectifs de rétablissement pour y arriver :

  1. Réduire la mortalité et les blessures causées par les collisions avec les navires
  2. Réduire la fréquence et la gravité des prises accidentelles dans les engins de pêche
  3. Réduire le dérangement lié aux activités humaines
  4. Assurer un suivi de la population
  5. Favoriser la recherche pour mieux comprendre l’espèce et les menaces qui pèsent sur elle
  6. Appuyer et promouvoir la collaboration entre différentes intervenants
  7. Élaborer et mettre en oeuvre des activités de sensibilisation et d’intendance

Menaces

Collision avec des navires

La mortalité causée par les collisions avec des navires est considérée comme la menace la plus importante pour la survie des baleines noires de l’Atlantique Nord. Entre 1991 et 2007, les collisions ont causé la moitié des mortalités chez cette espèce. Pourquoi les collisions menacent-elles particulièrement les baleines noires? D’abord il s’agit d’une espèce qui se déplace très lentement, donc la rapidité avec laquelle elle peut dévier sa course est limitée. Puis elle fréquente des endroits où le trafic maritime est important (côte Est américaine et canadienne). Des mesures ont toutefois été adoptées en eaux canadiennes et américaines, par exemple la relocalisation des voies de circulation maritimes de la baie de Fundy réduisant les risques de collision de 90% dans ce lieu.

On ne sait pas encore comment les baleines noires font pour détecter les navires et les autres obstacles. Tout porte à croire que leur fourchette d’audition englobe les fréquences produites par les navires à moins que les sons à haute fréquence, comme ceux causés par les puissantes hélices, ne fassent pas partie du domaine des fréquences audibles de ces baleines. Et sachant que les sons émis par la plupart des navires se propagent vers la poupe et les flancs, la partie devant l’étrave étant sans doute l’emplacement le plus calme, peut-être est-ce pourquoi les baleines noires ne réussissent pas toujours à éviter les navires en approche. Il est également soutenu que la baleine noire, de par sa longue vie, n’a pas eu la possibilité d’adopter un nouveau comportement à la présence de navires, étant donné que le trafic maritime est un élément assez nouveau de son habitat et que la vitesse des navires a augmenté dans les dernières décennies. Enfin, d’autres facteurs qui interfèrent, masquent ou modifient les sons qui voyagent dans les océans pourraient aussi avoir leur rôle à jouer : la réfraction des sons en surface, l’écho renvoyé par les fonds rocheux et d’autres sons émis dans l’eau.

Empêtrement dans les engins de pêche

Entre le début juin et la fin novembre, les baleines noires de l’Atlantique Nord fréquentent plusieurs secteurs où des engins de pêche fixes sont installés. Plus de 75 % des baleines noires de l’Atlantique Nord portent des blessures ou des cicatrices causées par des engins de pêche, particulièrement les jeunes. Les orins, les panneaux de filets maillants, les lignes de fond flottantes et les filets fantômes sont les plus souvent en cause. Mais les baleines noires se prennent également dans les palangres, les trappes à morue et les pêcheries à hareng. Elles se prennent habituellement par la bouche, les nageoires ou la queue. Certains de ces empêtrements peuvent entraîner la mort de l’animal. Plusieurs baleines peuvent toutefois survivre avec des lignes enroulées autour du corps, traînant parfois des filets, des lignes, des bouées ou des casiers pendant des mois ou des années. L’affaiblissement provoqué par les blessures infectées ainsi que la perte d’efficacité pour la nage, la plongée, la quête de nourriture et les autres comportements sont difficiles à mesurer. Les efforts consacrés à la libération des baleines au Canada et aux États-Unis ont permis de dégager quelques individus emprisonnés, mais cela s’avère difficile et ces efforts sont souvent infructueux et ne garantissent pas que l’animal survivra.

Contamination

La baleine noire de l’Atlantique Nord se nourrit presque uniquement de copépodes, un animal planctonique de la taille d’un grain de riz. Puisque ces animaux se situent à la base du réseau alimentaire, la baleine noire a donc moins tendance à accumuler de grandes concentrations de contaminants comparativement aux baleines qui se nourrissent de poissons, des animaux plus élevés dans le réseau alimentaire. En contrepartie, les zones fréquentées par cette espèce (golfe du Saint-Laurent et côte Est canadienne et américaine) sont des zones fortement exposées à la pollution. Les concentrations en hydrocarbures organochlorés dans la baie de Fundy sont relativement élevées et les teneurs en métaux lourds (plomb, mercure, cadmium) sont importantes. Des composés organochlorés, en particulier du toxaphène, du DDT et des BPC, ont été trouvés dans le gras des baleines noires de l’Atlantique Nord, sans toutefois être des concentrations considérées préoccupantes. Les effets de la contamination chimique, de l’enrichissement des eaux par des éléments nutritifs, de la sédimentation et d’autres formes de dégradation de l’habitat sont difficiles à documenter et à évaluer. Néanmoins, de récents examens sur les niveaux de contaminants de la baie de Fundy indiquent clairement qu’il y a lieu de s’inquiéter.

Bruit

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Les baleines noires dépendent des sons pour communiquer entre elles et les bruits d’origine humaine pourraient nuire à leur communication. Une exposition chronique au bruit peut aussi provoquer des problèmes auditifs temporaires ou permanents. Dans les parcelles d’habitat les plus fréquentées par la baleine noire au Canada, les sources de bruit les plus préoccupantes à ce jour sont imputables aux navires de transport commercial et aux bateaux d’observation, aux activités de prospection pétrolière et gazière, aux essais millitaires, à l’utilisation de dispositifs de harcèlement acoustique installés sur les engins de pêche pour éloigner d’autres mammifères marins, à la construction en mer, et aux sonars utilisés à des fins commerciales, scientifiques et militaires.

Perturbations liées à la présence d’embarcations

La présence d’embarcations dans l’habitat de la baleine noire, peu importe leur taille et leur fonction, soulève de nombreuses préoccupations. En plus de la pollution par le bruit et du risque de collisions, ces bateaux peuvent modifier le comportement des baleines noires, comme perturber les interactions sociales, l’allaitement et même les éloigner des zones riches en nourriture.

Changements dans les ressources alimentaires

Des ressources alimentaires inadéquates pourraient conduire à une réduction du taux de croissance des animaux, allongeant le temps nécessaire pour atteindre la maturité sexuelle, et/ou à une insuffisance des réserves de graisse dont les femelles ont besoin pour la gestation ou la lactation, ce qui entraînerait une hausse de la mortalité chez les baleineaux. À l’heure actuelle, on ne sait pas si ces changements se produisent. Les chercheurs suivent différents indices, comme l’épaisseur de la couche de gras, la forme du dos et les fluctuations du nombre de jeunes observés d’année en année.

Objectifs de rétablissement

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1. Réduire la mortalité et les blessure causées par les collisions avec les navires

Il n’existe pas de solution simple au problème des collisions avec les navires. Même si les capitaines n’ont aucune intention de blesser ou de tuer les baleines noires, des accidents surviennent quand même. Les solutions proposées : analyser en profondeur la relation entre les baleines noires et le traffic maritime, réduire le chevauchement possible et miser sur une collaboration et des mesures volontaires avec les capitaines et marins pour réduire au minimum les collisions.

2. Réduire la fréquence et la gravité des prises accidentelles dans les engins de pêche

Cet objectif s’applique à la fois par une réduction de la gravité des prises accidentelles et par des mesures de prévention. Il est évident que les pêcheurs ont un rôle de première ligne à jouer; ceux-ci ont tout intérêt à prévenir les empêtrements de baleines dans leurs filets de pêche puisque de tels accidents endommagent leur matériel et compromettent la rentabilité de leurs activités.

3. Réduire le dérangement lié aux activités humaines

Étant donnée la petite taille de la population de baleines noires de l’Atlantique Nord, la prudence est de mise dans l’évaluation des risques liés aux activités humaines. La santé de chaque individu peut être importante pour la survie de la population. Cette stratégie comporte deux éléments majeurs. Premièrement, elle consiste à utiliser toute l’information disponible, ainsi que le bon sens, pour agir de façon préventive et ainsi réduire le dérangement potentiel causé aux baleines noires. Deuxièmement, elle consiste à étudier et à mieux comprendre les sources potentielles de dérangement et à développer des façons de les réduire davantage.

4. Assurer un suivi de la population

Les connaissances sur l’état de la population et son aire de répartition dans les eaux canadiennes ne sont pas suffisamment approfondies. Il est nécessaire de faire un suivi de la population et de surveiller la nature et l’ampleur des principales menaces pour les baleines noires.

5. Favoriser la recherche pour mieux comprendre l’espèce et les menaces qui pèsent sur elle

La recherche sur les baleines noires de l’Atlantique Nord n’a vraiment commencé de façon intensive que depuis le début et le milieu des années 1980. Malgré les connaissances acquises au fil des ans sur la biologie, le comportement et la situation de l’espèce, bien des aspects demeurent encore nébuleux. Pour améliorer les connaissances sur les baleines noires, certains suivis et projets de recherche doivent être poursuivis et d’autres doivent être initiés. Les chercheurs doivent coordonner leurs efforts et coopérer le plus possible étant donné l’ampleur et l’étendue des informations nécessaires. Les organismes et les chercheurs canadiens doivent travailler en étroite collaboration avec leurs homologues des États-Unis et, au besoin, du Groenland, de l’Islande et d’autres pays de l’Atlantique Nord dont les eaux sont fréquentées par les baleines noires.

6. Appuyer et promouvoir la collaboration entre les différents intervenants

La protection et le rétablissement de la baleine noire est une responsabilité partagée avec les organismes de réglementation, les groupes d’utilisateurs et les collectivités présentes dans l’aire de répartition de l’espèce au Canada. Des gouvernements étrangers et des organismes internationaux s’intéressent aussi à la protection de l’espèce ou ont des responsabilités à cet égard. L’échange d’informations entre les diverses parties intéressées et leurs efforts de conservation, qui prennent souvent la forme de plans d’action pour le rétablissement, devraient être coordonnés et officialisés, au besoin.

7. Élaborer et mettre en oeuvre des activités de sensibilisation et d’intendance

Les efforts d’éducation et de sensibilisation sont des outils importants pour promouvoir les efforts de rétablissement auprès des parties intéressées et du grand public.

 

Dernière mise à jour: 2012