Prises accidentelles dans les engins de pêche

Qui n’a pas déjà entendu parler des baleines qui meurent, empêtrées dans des engins de pêche. Mais saviez-vous que, dans certains cas, ce problème est si grave qu’il met en péril des populations entières? Voici quelques exemples de ce type d’incident dans le monde, un vaste problème, pour lequel il n’y a pas de solution unique.

Le vaquita

Le vaquita, une espèce de marsouin endémique au golfe de Californie, ne compte que quelques centaines d’individus. Or, on estime à 30 ou 40 le nombre de vaquitas qui meurent chaque année dans les filets maillant et les chaluts à crevettes des pêcheurs mexicains. Si le sort du vaquita est alarmant, il est difficile d’imposer des solutions drastiques au problème des mortalités engendrées par la pêche. En effet, il est impensable pour le Mexique d’exiger que des pêcheurs qui luttent pour leur survie et celle de leur famille s’interdisent de pêcher, la pêche étant l’unique moteur socio-économique de cette région désertique. Trois pays sont impliqués dans la conservation du marsouin: le Mexique, les États-Unis et le Canada. Les mesures de conservation mises en place, la zone du sanctuaire excluant la pêche avec ses compensations financières jugées insuffisantes par les pêcheurs, les tentatives de nouvelles méthodes de pêche, l’octroi des permis et les pratiques illégales: pour le moment, rien ne semble assurer un avenir au vaquita.
Sa survie est liée à celle des communautés locales et à la diversification économique de leur région. Une vision et des actions communes à tous les acteurs, nouvelles et créatives, doivent s’articuler autour de ce double enjeu.

Les grandes baleines ne sont pas à l’abri

En général, les petits cétacés côtiers, comme le vaquita, sont plus sensibles aux prises accidentelles, soit parce que les poissons capturés par les pêcheurs les attirent soit parce qu’ils n’identifient pas le danger que représentent les engins de pêche. Même les grandes baleines ne sont pas à l’abri des prises accidentelles, comme en témoigne la baleine noire de l’Atlantique Nord. Cette espèce a été presque exterminée par la chasse à la fin des années 1800. Aujourd’hui, loin d’avoir remonté la pente malgré plusieurs décennies de protection, la baleine noire est en danger de disparition. En 2011, on en comptait 490, et les prises accidentelles dans les engins de pêche constituent la seconde cause de mortalités. Maintes mesures ont été mises en place (modification du matériel, matériels éducatifs pour les pêcheurs, etc.) pour tenter de diminuer les risques de collisions et de prises accidentelles, mais à ce jour, les mortalités continuent. Et en plus d’être dangereux, voire mortels, ces empêtrements coûtent très cher aux pêcheurs qui doivent remplacer les cordes et les casiers perdus ou abimés.

Dans le Saint-Laurent

Dans le Saint-Laurent, on connaît mal l’ampleur du problème. Autour de Terre-Neuve, quand la pêche à la morue était à son apogée, les prises accidentelles de rorquals à bosse étaient un problème important. La situation a mené Jon Lien à monter une équipe spécialisée qui, en collaboration avec les pêcheurs, libère les baleines prises au piège depuis 1978. On connaît peu l’impact réel des prises accidentelles sur les autres espèces qui fréquentent le Saint-Laurent, mais chaque année, on signale des petits rorquals, des rorquals à bosse et même des rorquals bleus empêtrés dans des filets ou des cordages.

L’histoire de Tryphon

En juin 2009, le cachalot le plus connu du Saint-Laurent, Tryphon, a été repéré piégé dans des câbles de casier à crabe au large de Sept-Îles. Malgré qu’une partie des cordages ait été enlevée et le suivi rapproché d’équipes d’intervention, il a été retrouvé mort à la dérive dans l’estuaire quelques jours plus tard, le corps toujours pris dans les cordes.


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L’histoire de Capitaine Crochet

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Capitaine Crochet, rorqual commun bien connu dans la région de Tadoussac, s’est empêtré dans un engin de pêche au crabe au printemps 2013. Cette femelle revenait tous les ans depuis 1994, dès le printemps, et avait même amené quelques baleineaux au fil des ans.L’incident avait mobilisé de nombreux experts pour tenter de la libérer, avait suscité beaucoup d’émotions chez ceux qui la connaissaient de longue date et avait soulevé l’intérêt des médias. Malgré tous ces efforts, l’animal n’avait pu être libéré, avait quitté le parc marin au bout d’une semaine et n’a jamais été revu depuis. On suppose qu’il est décédé en raison de la gravité de son empêtrement.

Des solutions… ?

Bien sûr, l’idéal serait de prévenir les prises accidentelles. Mais ce n’est pas si facile… Par exemple, dans le golfe du Maine, les marsouins communs meurent par milliers tous les ans dans les engins de pêche, et aucune des solutions testées pour l’instant n’a permis de réduire ces mortalités de façon importante. Pour éloigner les marsouins, des genres d’épouvantails sonores sont placés sur les filets. Les résultats de cette technique sont ambigus, car elle semble fonctionner dans certains cas et reste inefficace dans d’autres. Même constat pour le zonage et les périodes de pêche visant à réduire les conflits entre les activités de pêche et les marsouins communs. Le problème est d’autant plus inquiétant qu’on a là un des meilleurs contextes pour régler le problème: la loi américaine est stricte en ce qui concerne la protection des mammifères marins et des équipes regroupant des scientifiques, des pêcheurs et autres intervenants concernés travaillent concrètement pour réduire les prises accidentelles depuis plusieurs années. Il faut donc en conclure que le problème est complexe, et espérer que la créativité et la persévérance dans le cas des marsouins du golfe du Maine serviront aussi les autres cas de prises accidentelles dans le monde.

 

Dernière mise à jour: 2014