La chasse à la baleine dans le Saint-Laurent

La réputation du Saint-Laurent comme lieu exceptionnel pour les baleines ne date pas d’hier. Déjà au 16e siècle, les Basques traversaient l’océan pour les chasser dans le golfe et l’estuaire. Les bélugas ont aussi fait l’objet d’une chasse locale, alors que des baleiniers norvégiens y ont établi des stations de chasse aux grands rorquals au début du 20e siècle. Aujourd’hui, on observe ces animaux fascinants évoluer dans leur environnement !

Des Basques en Amérique

Entre 1510 et 1730, les Basques naviguaient sur le Saint-Laurent du printemps à l’automne, attirés par les grands troupeaux de baleines. Ils recherchaient la baleine boréale, aujourd’hui confinée à l’Arctique, et la baleine noire de l’Atlantique Nord, maintenant rare dans le Saint-Laurent. Les Basques avaient développé une technique dangereuse mais efficace pour tuer et ramener au rivage les baleines dont l’épaisse couche de gras était fondue en huile et mise en barriques. On retrouve des traces de leurs activités dans le détroit de Belle Isle, notamment à Red Bay, où elles ont atteint un niveau industriel. Dans l’estuaire, ils étaient présents à l’île aux Basques (en face de Trois-Pistoles), l’anse du Chafaud aux Basques (près de Baie-Sainte-Catherine) et l’anse à la Cave (près du cap de Bon-Désir). On y a découvert des fours de pierre et des tuiles rouges de fabrication basque, qui recouvraient les abris de ces estivants.

La chasse au béluga

Les populations locales ont profité de cette espèce abondante et grégaire. À Pointe-Lebel, on entraînait le béluga en eaux peu profondes au moyen de barques à moteur pour ensuite l’abattre à la carabine. Aux Escoumins, c’était à partir de canots à voile qu’on le harponnait puis l’abattait. À partir du 18e siècle, à l’île aux Coudres et à Rivière-Ouelle, on le capturait dans des fascines faites de perches disposées en forme de B avec une ouverture au centre. Les bélugas y entraient à marée haute et restaient captifs à marée basse, parfois en troupeau de 500. Cette technique a aussi été utilisée à la pointe aux Alouettes et au Moulin Baude, à Tadoussac. Dans les années 1930, le béluga a fait l’objet d’un programme d’extermination (bombardement, primes, récompenses) par le gouvernement du Québec, car on pensait que l’animal nuisait aux pêcheries. Le programme s’est arrêté quand les premières études sur le béluga du Saint-Laurent ont montré qu’il ne se nourrissait pas d’espèces d’intérêt commercial. L’exploitation commerciale des bélugas s’est poursuivie jusqu’au milieu des années 1950, et la chasse sportive jusqu’en 1979.

Pour visionner le film Pour la suite du Monde de Pierre Perreault et Michel Brault, qui retrace l’histoire de la chasse au béluga, rendez vous sur le site de l’Office National du Film du Canada

Chasse au béluga © Archives INESL

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  • Crédit photo: © Archives INESL

Station norvégienne à Sept-Îles

Au début du 20e siècle, Sept-Îles était encore un petit village. En 1905, une station de chasse sous contrôle norvégien a contribué à son essor. L’usine employait une quarantaine d’hommes de la région et une vingtaine de Scandinaves. Ils chassaient le rorqual bleu et le rorqual commun, à raison de 70 à 85 par année. La baleine était poursuivie par un bateau baleinier et capturée à l’aide d’un harpon à tête explosive muni d’un appareil permettant d’insuffler de l’air dans son corps pour qu’elle flotte. Elle était alors remorquée jusqu’à l’usine, dont on peut encore voir les vestiges aujourd’hui. Celle-ci a été abandonnée en 1914, au début de la Première Guerre Mondiale. [Merci à Steve Dubreuil, archéologue au Musée régional de la Côte-Nord à Sept-Îles].

 

Dernière mise à jour: 2014