De petits auto-stoppeurs sur de grands voyageurs et une cohue de dauphins

  • On aperçoit les plaques «dorées» sur les flancs d’un rorqual commun. © GREMM
    24 / 10 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Les baleines perdent et acquièrent de nouvelles plaques de diatomées au cours de leur migration, car différentes espèces d’algues vivent en eaux chaudes, froides ou tempérées. © GREMM

    De grandes taches brun doré peuvent être vues lorsqu’un rorqual commun apparait — comme sur l’un des 8 individus observés le 22 octobre par Jacques Gélineau, collaborateur de l’Institut nordique de recherche en environnement et en santé au travail (INREST) de Sept-Îles. Ce sont des colonies de diatomées. Chacune de ces algues microscopiques est composée d’une seule cellule tapissée d’une double enveloppe de silice, une «cage de verre» en quelque sorte, ce qui explique pourquoi ces colonies miroitent au soleil. On les remarque aussi sur la peau de la paire de rorquals bleus rencontrés cette semaine à Sept-Îles.

    Balanes sur la queue d’un rorqual à bosse. © GREMM

    Balanes sur la queue d’un rorqual à bosse. © GREMM

    Toujours à Sept-Îles, les extrémités de la queue de deux rorquals à bosse sont recouvertes de petits organismes. Les balanes sont des crustacés qui ont un style de vie assez singulier : au dernier stade larvaire, elles s’attachent à une surface, comme une baleine, un quai ou un rocher. Une fois fixées, elles sécrètent leur carapace faite de plaques de calcaire et se métamorphosent en adultes. Pour se nourrir, elles sortent six paires d’appendices plumeux de leur coquille qui filtrent l’eau pour attraper du plancton en suspension. Comme les diatomées, il existe des espèces des eaux chaudes, froides et tempérées. Les balanes s’accrochent surtout aux baleines lentes comme les rorquals à bosse et les baleines noires. Une semaine plus tôt, un autre rorqual à bosse remarqué à Sept-Îles arborait quant à lui un «voyageur» différent : un anatife, un crustacé marin se fixant à l’aide de son pédoncule.

    Des petits crustacés surnommés «poux de mer» et les lamproies, des poissons, parasitent aussi les baleines. Les poux infestent particulièrement les parties du corps protégées de la turbulence de l’eau : les yeux, les lèvres, les fentes génitales, les sillons ventraux, etc. Incapables de nager, ils se transmettent d’un individu à l’autre par contact direct. Les poux se nourrissent de la peau des baleines. Les lamproies, elles, avec leurs dents coupantes présentes tout le long de la bouche en ventouse, grugent la peau de leur hôte pour en extraire le sang ainsi que d’autres liquides biologiques. Toutefois, elles n’infligeraient pas d’importantes blessures aux baleines. Pour s’en dégager, celles-ci sauteraient hors de l’eau. Était-ce l’objectif de ce petit rorqual vu en train de s’élancer dans les airs à Franquelin le 22 octobre ou bien celui de l’un des trois rorquals à bosse aperçu en train de bondir hors de l’eau à l’Anse-Saint-Georges en Gaspésie le 23 octobre? Possible, mais plusieurs hypothèses existent pour expliquer ces breachs. De plus, avec la mue ou le renouvellement des cellules, les baleines pourraient se débarrasser de ces organismes.

    Finalement, en plus des grands rorquals, d’un petit rorqual et de huit marsouins communs notés à Sept-Îles, une centaine de dauphins à flancs blancs y sont également aperçus! Au passage rapide de ces animaux, les eaux paraissent agitées, tumultueuses. Cela donne espoir aux excursionnistes du parc marin de peut-être finir leur saison avec une observation de dauphins si ces derniers poussent leur périple jusqu’à l’embouchure du Saguenay. Un an plus tôt, une centaine de dauphins à flancs blancs nageaient au large de Tadoussac. Pour le moment, les capitaines et naturalistes croisent la route de deux rorquals bleus, un rorqual à bosse et un rorqual commun aux Bergeronnes ainsi que des marsouins, des bélugas et des petits rorquals à Tadoussac.

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».