De grands rorquals parmi les milliers de canards

  • Harelde kakawi
    Harelde kakawi mâle été © Jeff D (Creative Commons)
    12 / 05 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Des milliers de hareldes kakawis tapissent les eaux de l’estuaire. Habiles plongeurs, ils s’immergent jusqu’à une soixantaine de mètres pour cueillir mollusques et crustacés. À cette période de l’année, les mâles revêtent leur plumage nuptial pour les deux prochains mois. Ils ont la tête, le cou et le dos bruns et leurs joues sont grisâtres. L’automne et l’hiver, leur tête et cou blanchissent et une tache brune s’étend des joues jusqu’à la partie supérieure du cou. En vol, les longues plumes centrales (rectrices médianes) de la queue du mâle est facilement visible. L’hiver, la femelle a la tête blanche avec une tache sombre sur la joue et le reste du corps est foncé. L’été, son patron de coloration reste sensiblement le même, mais assombri. Mâles et femelles ont des plumages de transition entre l’été et l’hiver; ce sont les seuls canards à avoir une aussi grande variété d’apparences au cours de l’année.

    Harde kakawi mâle été © Renaud Pintiaux Harde kakawi mâle hiver © Jean-Marie Van der Maren (Creative Commons) Harelde kakawi femelle hiver © Jean-Marie Van der Maren (Creative Commons)

    Non loin du phare du haut-fond Prince, le long d’une barre de courant, frontière entre les eaux vertes du Saint-Laurent et les eaux plus sombres du Saguenay, les «petits» ailés – quoique les fous de Bassan vus parmi les hareldes kakawis, macreuses, petits pingouins, mouettes et goélands, sont les plus imposants oiseaux de mer de l’Atlantique Nord – rencontrent les «grands» marins : une dizaine de petits rorquals et au moins trois rorquals communs y ont été remarqués.

    Depuis Matane jusqu’à Baie-Comeau, en passant par Pointe-des-Monts, René Roy, collaborateur de longue date de la Station de recherche des Îles Mingan (MICS) et de Baleines en direct, accompagné d’un chercheur du MICS, reprend ses explorations dans le Saint-Laurent. Dans son premier carnet de terrain de la saison, il nous détaille ses rencontres avec deux rorquals communs, un petit rorqual, trois marsouins et quatre rorquals bleus, et ce, en une seule journée, le 6 mai! L’un des géants bleus est identifié près de Matane: B093, un mâle connu depuis belle lurette par le MICS et vu à maintes reprises dans l’estuaire. D’ailleurs, l’été passé, au mois d’aout, B093 était reconnu dans le parc marin en compagnie de Jawbreaker et de B197.

    Le long des côtes de Charlevoix, des bélugas sont aperçus. Une observatrice les repère au large de Saint-Irénée à travers les nombreux moutons sur l’eau et la brume. À Cap-à-l’Aigle, un résidant partage son temps d’observation entre un béluga solitaire et un rassemblement d’eiders à duvet. Ces canards marins nichent sur les îles du Saint-Laurent, particulièrement celles dans l’estuaire moyen. Ils recouvrent leur nid de leur célèbre duvet, qui fait d’ailleurs la renommée des édredons du même nom!

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».