Des crèches de bélugas dans le Saint-Laurent?… par Jaclyn Aubin

  • Un groupe de femelles et de jeunes observé par drone © GREMM
    05 / 07 / 2017 Par Jaclyn Aubin - / / /

    Topo de mon projet de maitrise : Investigation des soins allomaternels chez les bélugas du Saint-Laurent

    Pendant longtemps, les études sur les cétacés étaient limitées par le point de vue restreint que nous offrent nos bateaux de recherche et les sites d’observation terrestre. Aujourd’hui, avec l’invention du drone, ce petit aéronef téléguidé aux usages infinis, nous pouvons avoir une vue d’oiseau sur les baleines que nous souhaitons étudier, pour suivre leurs mouvements et observer leur comportement d’une manière tout à fait incomparable. Grâce à une caméra montée sur le drone, nous pouvons photographier et filmer nos sujets de recherche dans leur état naturel, avec un minimum de dérangement.

    Jeune veau sur le dos d’une femelle dans un groupe de femelles et de jeunes. Image prise par drone © GREMM

    Cette méthode est particulièrement intéressante pour l’étude des bélugas, une espèce très grégaire dont les liens sociaux complexes demeurent mystérieux pour les chercheurs. Pour mon projet de maitrise en collaboration avec le GREMM, je me penche sur l’étude des soins allomaternels des jeunes bélugas. Qu’est-ce que nous entendons par soins allomaternels? En fait, ce sont les soins portés à un jeune par toute autre femelle que sa mère. Les «allomères», ou gardiennes, peuvent être des grand-mères, des tantes, des sœurs plus âgées, ou même des femelles qui n’ont aucun lien de parenté avec le jeune en question. Quoique ce comportement coopératif soit bien connu chez les cachalots, les dauphins, et même les bélugas en captivité, aucune étude n’a démontré son existence chez les bélugas sauvages. En capturant sur film des groupes de femelles et de jeunes à l’aide d’un drone, et en faisant une analyse détaillée des comportements sociaux révélés par ces images, j’espère démontrer l’existence des soins allomaternels chez nos bélugas, ainsi que mieux comprendre les liens sociaux qui unissent les groupes de femelles. Si vous êtes de passage dans la région cet été, vous me verrez peut-être faire voler le drone à partir d’un bateau de recherche, ou bien de la tour d’observation nouvellement installée dans la baie Sainte-Marguerite.

    Contrairement au fleuve, la baie Sainte-Marguerite est un endroit très paisible et tranquille, et c’est peut-être pour cela que plusieurs femelles choisissent d’y passer une grande partie de leur temps lorsqu’elles ont de jeunes veaux. En plus de sa position stratégique, la tour d’observation offre plusieurs avantages comparés aux sites terrestres et aux bateaux de recherche. Le placement de la tour au centre de la baie me permet d’avoir une vue d’ensemble sur le mouvement des animaux, ce qui serait impossible depuis la terre. De plus, contrairement aux bateaux, dont le bruit des moteurs est bien reconnu comme étant un facteur de dérangement important chez les bélugas, la tour est très discrète et ne perturbera pas les moments intimes entre les femelles et leurs petits.

    Restez à l’écoute pour la suite!


    Jaclyn Aubin s’est jointe à l’équipe du GREMM l’été dernier en tant qu’assistante de recherche bénévole. Elle est de retour cette année dans le cadre de son projet de maitrise en écologie cognitive et comportementale, codirigé par Robert Michaud, du GREMM et par Eric Vander Wal, du Memorial University of Newfoundland. Elle partage aussi ses observations avec l’équipe de rédaction de Baleines en direct.