Chercher les baleines pour ses recherches

  • Petit rorqual photographié dans des conditions idéales pour permettre la photo-identification. © GREMM
    21 / 07 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Photo-identifier les petits rorquals de l’estuaire est l’un des objectifs de l’équipe du Mériscope, basé à Portneuf-sur-mer. La photo idéale pour reconnaitre ces baleines? Un cliché net, perpendiculaire à l’animal, et pris dos au soleil. Au laboratoire, chaque image fait l’objet d’une analyse méticuleuse et méthodique afin de déterminer entre autres si la nageoire dorsale porte une cicatrice, une entaille ou une encoche. « La saison est bien lancée », mentionne Dany Zbinden, chercheur et fondateur du groupe. Son équipe poursuit cet été un nouveau projet en bioacoustique ainsi que la campagne d’échantillonnage de biopsies — il s’agit de la 3e saison de terrain — qui vise à comprendre l’accumulation et les effets des retardateurs de flamme halogénés (RFH) chez les petits rorquals du Saint-Laurent. Le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) participe également à ce projet en prélevant des biopsies de peau et de gras sur les bélugas.

    À Franquelin, le 14 juillet, un bruit assourdissant réveille notre collaboratrice à 4 h du matin. Le souffle d’une baleine? Possible. L’animal doit être très près de la côte. La veille, elle repère un rorqual bleu à 3 km de la rive. L’animal fait partie du faible pourcentage (15 à 18%) des rorquals bleus qui lèvent la queue au moment de plonger.

    À Sept-Îles cette semaine, Anik Boileau et l’un de ses collaborateurs repèrent chacun deux rorquals bleus, pour un total de quatre individus dans le secteur. Anik Boileau est la fondatrice du Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI). Les projets menés par la chercheuse visent à connaitre l’abondance et la distribution des espèces présentes dans le secteur et comprendre la dynamique sociale des rorquals communs et des rorquals à bosse. Elle se penche aussi sur la question de l’investissement maternel chez le marsouin commun, l’une des rares baleines capables de donner naissance tous les ans. Plusieurs carcasses de marsouins récupérées sont celles de nouveau-nés. Si certains individus meurent de maladies, d’autres pourraient succomber suite à la séparation impromptue avec leur mère, soupçonne Anik Boileau. Pour étudier les liens entre mère et veau et les causes possibles d’une séparation, l’équipe part en mer avec notamment une caméra et un drone. Outre les quatre rorquals bleus, l’équipe aperçoit également cinq rorquals communs, un rorqual à bosse, un petit rorqual et cinq marsouins communs.

    En Gaspésie, entre L’Anse-au-Griffon et le cap Gaspé, un excursionniste repère tous les matins cette semaine les souffles d’une vingtaine de grands rorquals. Entre les villages de Cloridorme et de L’Anse-à-Valleau, trois rorquals communs et trois rorquals à bosse sont vus. Le 19 juillet, un capitaine à Percé rencontre deux rorquals à bosse derrière le célèbre rocher de la municipalité ainsi que cinq petits rorquals. Au même moment, il découvre d’autres souffles à l’horizon.

    L’équipe de la Station de recherche des Iles Mingan (MICS) quitte son secteur d’études en Gaspésie pour quelques semaines et y reviendra à l’automne pour poursuivre sa collecte de données. L’équipe continue donc son travail sur la rive nord du golfe, au départ de Longue-Pointe-de-Mingan. Les animaux sont dispersés, l’équipe parcourt des milles et des milles nautiques. En six jours de travail, elle recense six rorquals à bosse, 20 rorquals communs, une trentaine de petits rorquals, des « masses » de marsouins communs, une jeune baleine noire de l’Atlantique Nord —  aussi longue que leur zodiac de 7 m —  et, surprise, une dizaine de requins-pèlerins.

    Ce requin est le deuxième plus grand requin et poisson au monde, il mesure une dizaine de mètres et pèse environ quatre tonnes. À l’instar des rorquals, il ingurgite de grandes quantités de zooplancton et de petits poissons, mais sa technique est différente. Il nage la gueule béante tandis que l’eau remplie de proies s’y engouffre et se fait aussitôt expulser à travers les fentes branchiales qui, elles, retiennent les petits organismes. Sa grande nageoire dorsale fend la surface de l’eau, mais l’absence de souffle trahit sa nature ichtyologique (pour en savoir plus sur la différence entre requins et baleines, consultez la dernière question du public). Ces animaux sont étudiés par Jeffrey Gallant, président et directeur scientifique du Groupe d’étude sur les élasmobranches et le requin du Groenland (GEERG). Il travaille entre autres dans la région de Baie-Comeau pour poursuivre ses recherches sur le requin du Groenland. Il nous informe régulièrement des observations de baleines dans ce secteur.

    H694, un rorqual à bosse femelle connue en 2007 et revue qu’une seule fois, en 2016, depuis cet été. © GREMM

    Le 15 juillet, un rorqual à bosse retient l’attention de l’industrie d’observation du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. L’expertise du MICS permet d’identifier l’inconnu sur les clichés pris par une capitaine. Il s’agit de H694, une femelle connue en 2007 et revue qu’une seule fois avant cet été, soit en 2016 par une équipe de Pêches et Océans Canada. Trois rorquals communs sont aussi là, entre Tadoussac et Les Escoumins dont Bp942 surnommé Piton. Les rorquals communs sont recherchés par les assistants de recherche du GREMM qui embarquent à bord des bateaux d’excursion pour poursuivre la photo-identification des grands rorquals du parc marin.

     

    Cette carte représente représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».