Ces bourrasques qui ont décoiffé la Côte-Nord ont-elles perturbé les baleines?

  • Ça brasse à l'embouchure du Saguenay (archive)/ Rough seas at the mouth of the Saguenay © Renaud Pintiaux
    22 / 11 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    Des coups de vent à plus de 90km/h balaient les rivages de la Côte-Nord le 17 novembre. Le Saint-Laurent déchainé, blanc de moutons, parait dangereux, inhospitalier. Si les souffles des baleines sont immédiatement dissipés, effaçant toute trace de leur présence, celles-ci semblent poursuivre leurs activités habituelles malgré l’agitation, comme ces petits rorquals observés à maintes reprises à Franquelin.

    Évents d'un rorqual bleu

    Évents d’un rorqual bleu

    Les baleines s’acclimatent très bien au milieu marin et ses impétuosités. Elles n’ont besoin que d’environ une seconde pour remplir leurs poumons d’oxygène. Les muscles de l’évent sont puissants et reliés à des bouchons fibreux qui s’insèrent dans les narines lorsque les muscles sont relâchés et empêchent l’eau d’entrer dans l’évent. Les baleines contractent volontairement ces muscles pour ouvrir les évents et expirer au moment de faire surface. On suppose donc qu’elles sont capables de déterminer le bon moment et le bon endroit pour venir respirer malgré la turbulence des eaux. Puis, quand les vagues sont fortes, on verrait aussi les baleines sortir davantage leur corps de l’eau, ce qui leur permettrait d’élever leur évent au-dessus des flots pour respirer.

    Il n’est pas rare de voir les baleines sauter hors de l’eau lorsque la mer est grosse. Les sauts dans les airs seraient-ils une méthode pour empêcher l’eau de pénétrer dans les voies respiratoires? C’est une hypothèse. © GREMM

    À l’occasion, les baleines subissent les effets des tempêtes. L’eau peut balayer l’évent ouvert et provoquer un étouffement. Les puissantes vagues pourraient les désorienter et causer des erreurs de navigation. L’hiver, sous l’action des grands vents, les glaces s’accumulant à certains endroits pourraient les piéger mortellement. Finalement, lorsque les rafales poussent leur nourriture, la répartition géographique des baleines se voit changée les jours suivants.

    Le calme après la tempête

    L’accalmie a suivi. Plusieurs observateurs terrestres ont repris leur exploration des berges les jours d’après. Le 18 novembre, un collaborateur de Sept-Îles repère trois grands souffles à 4 milles nautiques au sud-est de la pointe Jambon (Port-Cartier) et le passage fugace de quelques marsouins communs dans la baie Sainte-Marguerite (celle près de Sept-Îles, pas celle du fiord).

    La même journée, à la pointe aux Alouettes à Baie-Sainte-Catherine, deux ornithologues scrutant deux harfangs des neiges découvrent un groupe de bélugas. Plumes blanches et dos blancs font une image de rêve! Des troupeaux de bélugas et des petits rorquals solitaires sont aussi vus quotidiennement depuis les dunes de Tadoussac ainsi que d’imposantes mouvées de phoques du Groenland.


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».