Baleines connues, observateurs comblés

  • 04 / 08 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux

    « Cet été, ça bouge à Sept-Îles! » souligne un observateur résidant de Gallix, près de Sept-Îles. Depuis 1989, il passe une grande partie de son temps sur l’eau à la recherche des baleines et collabore aux études sur les mammifères marins et autres sujets liés au fleuve pour la Station de recherche des iles Mingan (MICS). Plusieurs rorquals communs qu’il côtoyait à ses débuts semblent être de retour cet été. Cette semaine, il croise aussi la route de trois rorquals à bosse, trois petits rorquals, un rorqual commun, deux rorquals bleus, des marsouins et un requin pèlerin.

    En 1997, il y a 20 ans exactement, l’équipe du MICS faisait la connaissance avec le rorqual à bosse H531 qu’elle nomma La Souffleuse. Depuis, cette femelle a été revue à maintes reprises dans le golfe et l’estuaire et la voici de nouveau à Mingan, accompagnée d’un nouveau-né. Tic Tac Toe s’y trouve aussi avec son baleineau. Très mobiles au cours d’une même saison, les rorquals à bosse peuvent être identifiés dans plusieurs régions du Saint-Laurent. Par exemple, Tic Tac Toe était reconnue plus tôt cet été, en juin, dans la région du parc marin. En 2002, les données conjointes du MICS et du GREMM retraçaient un aller-retour Tadoussac-Mingan de La Souffleuse, soit 1200 kilomètres en moins de 15 jours!  Outre ces deux paires de rorquals à bosse, l’équipe du MICS souligne aussi la présence d’une douzaine de rorquals à bosse, une vingtaine de rorquals communs, des petits rorquals et des marsouins. Deux baleines noires de l’Atlantique Nord sont aussi notées.

    Petits pingouins © GREMM

    Petits pingouins © GREMM

    À Franquelin, une collaboratrice observe elle aussi une paire mère-petit, mais d’un tout autre genre : des petits pingouins. La tête, le cou et le dessus du corps de ces oiseaux sont noirs, tandis que le dessous est entièrement blanc. Leur bec, aplati latéralement, est marqué d’une ligne blanche qui s’étend de la base du bec jusqu’aux yeux. Les petits pingouins chassent de petits poissons, comme le capelan et le lançon. La mère, épiée par l’observatrice, plonge sous l’eau plusieurs fois pour quérir ces petites proies afin de nourrir son jeune. Non loin d’eux se trouvent plusieurs petits rorquals, des marsouins communs et des fous de Bassan.

    Rorqual bleu vu le 28 juillet © Steve Brühlmann

    Rorqual bleu en alimentation le 28 juillet © Steve Brühlmann

    Autre prédateur marin surpris en plein gueuleton: un rorqual bleu aux Escoumins le 28 juillet. Sa gueule ouverte se déploie comme un accordéon grâce aux plis extensible de la peau de la gorge et du ventre. L’appétit de ces baleines les entraine à ingurgiter une à quatre tonnes de krill par jour. Étonnamment, en une seule bouchée, ils engouffreraient un volume d’eau pratiquement égal à leur poids, soit 90 tonnes, avant de l’expulser à travers leurs fanons. Deux rorquals bleus sont reconnus dans l’estuaire: B197 et B324. Dans le même secteur, la rédactrice de ces lignes croise ce matin un rorqual à bosse respirant paisiblement devant le Centre de découverte du milieu marin. La veille, le rorqual à bosse Siam était aperçu. Serait-ce lui de nouveau ?

    Toujours dans l’estuaire, d’immenses troupeaux de phoques gris retiennent l’attention. Ces phoques sont également bien nombreux à Percé. Ils partagent avec les baleines et les oiseaux marins un « buffet » de harengs, de capelans, de crustacés, etc. Trois rorquals à bosse, un rorqual bleu et un rorqual commun sont aussi signalés à l’ombre de l’imposant rocher.

    À Saint-Siméon, un rorqual à bosse est repéré par des observateurs terrestres. Surtout fréquentée par les petits rorquals et les bélugas, la région de Charlevoix accueille à l’occasion de grands rorquals. Une autre mention qui sort de l’ordinaire : un troupeau d’une vingtaine de bélugas au large de la pointe Paradis, près de Baie-Comeau en Côte-Nord le 29 juillet. L’été, les bélugas se concentrent dans l’estuaire entre l’ile aux Coudres, Forestville (Haute-Côte-Nord) et l’ile du Bic (rive sud) ainsi que dans le fiord du Saguenay. Au sein de leur habitat estival et au cœur de la haute saison touristique, quelques précautions sont de mises à la vue de ces baleines blanches sur l’eau : toujours maintenir ses distances à plus de 400 m et, s’ils approchent, s’éloigner lentement et prudemment pour maintenir cette distance.


    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».