Yolande Simard Perrault

Yolande Simard Perrault a adopté Blanchon (2016).

 

blanc, blanc loup-marin

Il faut que je dise pourquoi j’ai choisi de l’appeler Blanchon. Il n’avait pas de nom précis et les mots d’espèce ne font pas les bons amis. Les Russes le nomment Bélukha, ce que les Françcais ont transcrit par Béluga, bien que ce dernier mot en russe désigne l’esturgeon. Les Esquimaux, eux, possèdent le mot Killeluak qui est beau mais difficile.

Les Canadiens des rivages de ce fleuve qui furent grands chasseurs de cet animal disent marsouin, et les anglais white whale, alors qu’il s’agit en vérité d’un dauphin blanc.

Les Indiens ont répété le mot Adhothuys à Cartier pour désigner désigner les grands cadavres blancs attaqués de goélands et roulés sur les lits de galets, de glaise et de varech de l’étonnante « ysle ès Couldres ».

Et les savants se disputent avec des mots de cuisinier, parfaitement inutilisables en voyages: delphinapterus leucas !

Blanchon dit – « je suis un animal à plusieurs inconnus.  »

Pourquoi j’ai choisi un mot qu’on dit vulgaire ? parce que ces mots-là font rougir tous les autres !

À la rivière Ouelle, les jeunes marsouins sont nommés: « veau » ou bien « gris » ou bien « blafard » parce qu’ils ne sont pas encore tout à fait blancs puisqu’ils naissent gris d’octobre.

Aux Escoumins et près des grands bancs de la rivière aux Outardes et de la rivière Manicouagan, les chasseurs parlent plutôt de « bleuvet » ou de « blanchon » selon la couleur de leur âge qui tourne du gris au bleu et du bleu au blanc en trois années de pleine mer.

Parmi tous ces mots aujourd’hui abandonnés, j’ai choisi Blanchon parce que mon ami se trouvait bien près du blanc des blancs dauphin blancs.

Pierre Perrault